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Environnement

« On a rayé des cartes les petits cours d'eau, et la sécheresse s'est répandue »

Reporterre · mis à jour il y a 19 j

En rayant des cartes tous les petits cours d'eau, la France a ainsi alimenté la terrible sécheresse que nous connaissons, écrivent les auteurs de cette tribune. Ceux-ci sont pourtant essentiels pour nourrir les vallées et les nappes phréatiques.

Disparition des petits cours d'eau

En France, les petits cours d’eau, souvent invisibles sur les cartes officielles, ont été progressivement retirés des bases de données géographiques entre 2006 et 2021. Cette suppression concerne environ 100 000 kilomètres de ruisseaux et fossés, soit près de 30 % du réseau hydrographique total du pays. Ces petits cours d’eau jouent un rôle crucial dans le cycle de l’eau en alimentant les nappes phréatiques et en maintenant le débit des rivières pendant les périodes de sécheresse. Leur effacement des cartes a été justifié par des critères techniques comme leur faible débit ou leur intermittence, mais aussi par des raisons administratives visant à simplifier la gestion de l’eau. Pourtant, leur disparition a des conséquences majeures sur la disponibilité de l’eau, notamment en période estivale.

Conséquences sur les nappes phréatiques

La disparition des petits cours d’eau a accéléré l’assèchement des nappes phréatiques, ces réserves d’eau souterraines essentielles pour l’agriculture et l’alimentation en eau potable. Les scientifiques estiment que ces cours d’eau contribuaient à environ 20 % de la recharge des nappes en France. Leur suppression a donc réduit cette recharge, aggravant les effets des sécheresses répétées observées depuis 2016. Par exemple, en 2022, 75 % des nappes phréatiques étaient à un niveau bas ou très bas, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Cette situation menace directement la production agricole, qui dépend à 50 % des eaux souterraines en période estivale, et expose les ménages à des restrictions d’eau plus fréquentes.

Rôle des cartes officielles

Les cartes officielles utilisées en France pour la gestion de l’eau, comme le Système d’Information sur l’Eau (SIE), s’appuient sur des bases de données comme la BD Carthage, qui recense les cours d’eau. Depuis 2006, des mises à jour successives ont conduit à l’exclusion des petits cours d’eau, jugés non significatifs selon des critères de débit ou de longueur. Cette décision a été prise par des institutions comme l’Office français de la biodiversité (OFB) et le ministère de la Transition écologique, sans toujours évaluer pleinement les impacts écologiques. Pourtant, ces cours d’eau jouent un rôle clé dans la biodiversité et la résilience des écosystèmes face aux changements climatiques.

Impact sur les sécheresses

Les sécheresses en France sont devenues plus fréquentes et intenses depuis les années 2000, avec une multiplication par trois du nombre de départements touchés entre 2010 et 2023. L’effacement des petits cours d’eau a aggravé cette tendance en réduisant la capacité des territoires à retenir et redistribuer l’eau. Par exemple, en 2022, 93 départements ont été concernés par des restrictions d’eau, contre 34 en 2018. Les agriculteurs sont particulièrement touchés, avec des pertes estimées à 2 milliards d’euros par an en moyenne depuis 2015. Les collectivités locales, quant à elles, doivent investir davantage dans des solutions de stockage ou de transport d’eau, comme des bassines, dont le coût environnemental et social est controversé.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette situation, des scientifiques, des associations comme *France Nature Environnement* et des élus locaux demandent un retour des petits cours d’eau dans les bases de données officielles. Ils proposent également de restaurer ces cours d’eau en recréant des zones humides ou en réhabilitant des fossés, comme le fait le programme *Life Eau&Climat* en Bretagne. Certaines régions, comme l’Occitanie, ont déjà commencé à réviser leurs cartes pour inclure ces petits cours d’eau. Cependant, ces initiatives restent limitées et nécessitent des financements publics, estimés à plusieurs millions d’euros par an. La question de la gouvernance de l’eau, souvent fragmentée entre l’État, les collectivités et les acteurs privés, reste un défi majeur pour une gestion durable.

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