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Près du mur d’Hadrien, des latrines vieilles de 1 800 ans révèlent que les soldats romains étaient massivement contaminés par des parasites intestinaux

Science & Vie · mis à jour il y a 23 h

Les fouilles archéologiques à Vindolanda dévoilent une contamination parasitaire chez les soldats romains, mettant en lumière les défis sanitaires de l'époque. Cette découverte offre un aperçu des conditions de vie à la frontière de l'Empire romain, entre infrastructures avancées et problèmes d'hygiène persistants..

Découverte archéologique majeure

Des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université d’Oxford ont analysé des sédiments de latrines vieilles de 1 800 ans, situées près du mur d’Hadrien en Grande-Bretagne. Leur étude, publiée en 2025 dans la revue Parasitology, révèle une contamination massive des soldats romains et de leur communauté par des parasites intestinaux. Ces latrines, datant du IIIᵉ siècle, appartenaient au fort de Vindolanda, un site militaire clé de l’Empire romain. Les analyses ont permis de détecter des œufs de vers et des protozoaires dans les sédiments, offrant un éclairage inédit sur les conditions sanitaires de l’époque. Cette découverte montre que, malgré des infrastructures sophistiquées comme des aqueducs et des systèmes de drainage, les Romains étaient exposés à des risques sanitaires majeurs liés à l’eau et aux excréments.

Trois parasites identifiés

Les chercheurs ont identifié trois types de parasites dans les sédiments de Vindolanda : Ascaris (vers ronds), Trichuris (trichures) et Giardia duodenalis (un protozoaire). Ascaris était présent dans 22 % des échantillons, Trichuris dans 4 %, et Giardia a été détecté pour la première fois en Grande-Bretagne grâce à un test ELISA. Ces parasites se transmettent par voie fécale-orale, c’est-à-dire par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par des excréments infectés. Ascaris peut pondre jusqu’à 200 000 œufs par jour, tandis que Trichuris en produit environ 18 000. Giardia provoque des diarrhées et des troubles digestifs, et son présence indique une contamination hydrique. La co-existence de ces parasites suggère un niveau d’exposition élevé et constant dans le fort.

Une communauté mixte vulnérable

Le fort de Vindolanda n’était pas uniquement peuplé de soldats, mais aussi de femmes, d’enfants et de civils, comme en témoignent des artefacts archéologiques comme des chaussures d’enfants ou des bijoux féminins. Bien que les soldats romains n’aient pas le droit légal de se marier, des familles vivaient sur place, comme le confirment les tablettes de bois retrouvées. Les enfants étaient particulièrement vulnérables aux infections parasitaires, qui pouvaient entraîner des retards de croissance, une déshydratation ou un affaiblissement cognitif. Les chercheurs estiment que 10 à 40 % des individus dans l’Empire romain étaient infectés par des vers intestinaux, un taux cohérent avec les données de Vindolanda. Les concentrations d’œufs de parasites dans les sédiments, pouvant atteindre 787 œufs de Trichuris par gramme, confirment cette prévalence élevée.

Contexte historique et sanitaire

Le fort de Vindolanda, situé au sud du mur d’Hadrien, était un point stratégique de l’Empire romain en Grande-Bretagne. Les infrastructures romaines, comme les aqueducs et les systèmes de drainage, étaient sophistiquées, mais elles ne suffisaient pas à protéger la population des risques sanitaires liés à l’eau et aux excréments. Les parasites identifiés à Vindolanda sont également présents dans d’autres sites militaires romains, comme Carnuntum en Autriche ou Bearsden en Écosse, ce qui suggère un schéma d’infection répandu dans les camps militaires. Cependant, aucun parasite zoonotique (transmissible par les animaux) n’a été détecté, indiquant une contamination principalement humaine. Les variations de concentration d’œufs de parasites entre le Ier et le IIIᵉ siècle montrent une persistance des infections malgré l’évolution des infrastructures.

Ce que ça pourrait changer

Pour détecter les parasites dans les sédiments de Vindolanda, les chercheurs ont utilisé deux méthodes principales : l’analyse microscopique pour repérer les œufs de vers et le test ELISA pour identifier les protozoaires. Ces techniques ont permis de concentrer les matières organiques des sédiments, vieux de plus de 1 800 ans, et d’extraire des informations précises sur les pathogènes présents. L’échantillonnage sur toute la longueur du drain a également permis de comprendre comment les flux d’eaux usées circulaient dans les installations romaines et comment les pathogènes s’y accumulaient. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour l’archéologie et la paléoparasitologie, en permettant une lecture fine des variations de contamination sur plusieurs siècles.

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