La SQ n’a pas fourni des informations utiles à la coroner qui enquêtait sur un féminicide
Elle voulait savoir si des mesures de protection ont été, ou auraient dû être, mises en place pour protéger la victime..
En juin 2025, Joanie Imbeault, une mère de 32 ans, a été victime d’un féminicide à Vaudreuil-Dorion, en Montérégie. Son ex-conjoint, avec qui elle entretenait une relation qualifiée de toxique par la coroner Nathalie Lefebvre, a été retrouvé sans vie le lendemain dans un parc. L’autopsie a révélé que Joanie Imbeault présentait plusieurs blessures. Leur relation était marquée par de la jalousie et de la violence, avec des épisodes documentés comme une fracture de la main infligée à Joanie par son conjoint. Un voisin a confirmé avoir vu Joanie avec des blessures ensanglantées à au moins deux reprises, tandis qu’une connaissance du couple était au courant de la violence subie par la victime. Quelques jours avant sa mort, Joanie avait annoncé la fin de leur relation et avait passé le week-end ailleurs. À son retour, son ex-conjoint l’attendait chez elle.
La coroner Nathalie Lefebvre a mené une enquête pour comprendre comment la mort de Joanie Imbeault aurait pu être évitée. Contrairement à un procès pénal, son rôle n’est pas de désigner des coupables, mais d’analyser les circonstances du drame pour proposer des améliorations afin d’éviter de futurs féminicides. Elle a notamment cherché à savoir si des mesures de protection avaient été mises en place ou auraient dû l’être pour protéger Joanie Imbeault. Pour cela, elle a interrogé des proches, des voisins et consulté des rapports de police. Elle a conclu que la relation du couple était toxique, avec des épisodes de violence physique et psychologique, et que la tentative de rupture de Joanie avait été fatale. La coroner a souligné que les policiers doivent recueillir des preuves indépendantes, au-delà des versions des deux personnes impliquées, pour éviter de se fier uniquement à leurs déclarations.
Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) sont intervenus au moins une fois au domicile de Joanie Imbeault dans les mois précédant son meurtre, lors d’événements impliquant son conjoint. Cependant, la coroner n’a pas pu obtenir les détails de ces interventions, ce qui l’a empêchée d’évaluer si les mesures prises étaient suffisantes. Un rapport de police daté du 8 février 2025 indique que les deux partenaires s’accusaient mutuellement de voies de fait, avec des blessures attestées. Le dossier a été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a choisi de ne pas porter d’accusations par manque de preuves. La coroner a demandé à la SQ si une enquête de voisinage avait été réalisée et si des mesures de protection avaient été mises en place, mais n’a pas obtenu ces informations non plus.
La coroner Nathalie Lefebvre a exprimé à plusieurs reprises son incapacité à accéder à des informations jugées essentielles pour son enquête, notamment les détails des interventions policières et les résultats d’une enquête de voisinage (procédure visant à recueillir des témoignages ou indices auprès des personnes vivant à proximité d’un lieu d’infraction). La SQ a affirmé n’avoir pas refusé de collaborer, mais a évoqué un problème de canaux de communication pour expliquer l’absence de transmission des données. Le lieutenant Grégory Gomez del Prado n’a pas pu confirmer si les informations manquantes avaient depuis été fournies à la coroner. Cette situation a limité la capacité de l’enquête à identifier des pistes d’amélioration pour prévenir de futurs féminicides.
La coroner Nathalie Lefebvre a recommandé à la Sûreté du Québec de revoir les interventions réalisées lors des événements du 8 février 2025. Son objectif est de déterminer si des améliorations pourraient être apportées au processus d’enquête, notamment pour renforcer la sécurité des victimes de violence conjugale. Elle a insisté sur l’importance de recueillir des preuves indépendantes, au-delà des déclarations des parties impliquées, afin d’éviter des décisions judiciaires basées uniquement sur des versions contradictoires. La coroner a souligné que le fait que les conjoints aient retiré leurs plaintes ne met pas fin automatiquement au processus judiciaire, car les policiers doivent agir pour protéger les victimes, même en l’absence de poursuite formelle.
L’article mentionne deux ressources d’urgence pour les personnes victimes de violence conjugale ou en situation de détresse psychologique. Pour la violence conjugale, la ligne SOS violence conjugale est disponible 24 heures sur 24 au 1 800 363-9010. Pour le suicide ou l’inquiétude pour un proche, des intervenants sont joignables au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto au 535353 ou via clavardage sur suicide.ca. Ces services offrent un soutien immédiat et confidentiel, sans jugement, pour les personnes en besoin.

