Des bibliothécaires qui ont changé au fil du temps
On compte 35 000 bibliothécaires en France, d'après le ministère de la Culture, avec aussi 60 000 bénévoles. Retour sur l'évolution de ce métier avec la sociologue Cécile Rabot, à l'occasion de la 3e édition de l'opération 'Biblis en folie'..
Le métier de bibliothécaire en France a connu une profonde transformation depuis une quarantaine d'années. Initialement centré sur la constitution de collections de livres, il s'est progressivement orienté vers la médiation culturelle, c'est-à-dire une approche visant à faciliter l'accès à la culture et à créer du lien entre les publics et les œuvres. Cette évolution s'appuie sur des études sociologiques des années 1960-1970, qui ont révélé que la simple disponibilité de livres de qualité ne suffisait pas à démocratiser la culture. En 2025, la France comptait 35 000 bibliothécaires professionnels et 60 000 bénévoles, répartis dans 15 000 bibliothèques. Ces structures ont enregistré 146 millions d'entrées, soit une hausse de 18 % par rapport à 2023, confirmant leur rôle croissant dans l'accès à la culture.
Avant les années 1980, les bibliothèques fonctionnaient selon un modèle où l'offre de livres était considérée comme suffisante pour attirer les publics. Cependant, des recherches en sociologie de la culture ont montré que cette approche passive ne permettait pas de toucher l'ensemble de la population. Les bibliothèques ont alors adopté le modèle de médiathèque, intégrant des activités de médiation comme des ateliers, des expositions ou des rencontres. Ce changement a été motivé par la volonté de construire le désir des collections, c'est-à-dire de susciter l'intérêt du public plutôt que de simplement proposer des ouvrages. La sociologue Cécile Rabot souligne que cette évolution a permis de rompre avec l'idée qu'un livre de qualité se suffit à lui-même pour attirer des lecteurs.
Les bibliothécaires rejettent le terme de prescripteur, qui évoque une posture autoritaire ou descendante, comme celle d'un médecin ou d'un enseignant. Ils privilégient une approche plus horizontale et discrète, où leur rôle consiste à faciliter l'accès à la culture sans imposer de choix. Cécile Rabot explique que ce rejet s'explique par la volonté de ne pas reproduire des hiérarchies sociales ou culturelles. Les bibliothécaires agissent plutôt comme des intermédiaires culturels, en mettant en valeur certains ouvrages grâce à des présentoirs ou des coups de cœur, tout en laissant le public libre de ses choix. Leur mission est de rendre visible des œuvres qui, sans cette médiation, pourraient passer inaperçues.
Pour célébrer l'évolution des bibliothèques et leur rôle dans la société, le ministère de la Culture organise chaque année l'opération *Biblis en folie*, dont la troisième édition s'est tenue du 2 au 4 octobre 2026. Cet événement, qui a réuni 2 600 manifestations à travers la France, vise à mettre en lumière les bibliothèques comme des lieux vivants et accessibles. Les activités proposées incluent des lectures, des expositions, des ateliers et des rencontres, illustrant la diversité des missions actuelles des bibliothécaires. Cette initiative s'inscrit dans une volonté de renforcer le lien entre les bibliothèques et les publics, tout en valorisant leur rôle dans la démocratisation de la culture.

