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Géopolitique

Inde : les autorités bloquent Delhi pour empêcher la “manifestation des cafards”

Courrier International · mis à jour il y a 6 j

Le tout récent Parti des cafards indien entend bien contester les manipulations des listes électorales ce samedi 10 octobre. Mais les autorités veulent à tout prix empêcher la manifestation non autorisée : arrestations, blocage numérique mais aussi des rues, des métros et des trains..

Contexte politique

En Inde, depuis plusieurs mois, une mobilisation étudiante et citoyenne s'est intensifiée pour protester contre le chômage, les inégalités dans l'accès à l'éducation et l'autoritarisme du gouvernement. Le 10 octobre 2026, cette contestation prend une nouvelle dimension avec l'organisation d'une manifestation non autorisée à Delhi, la capitale indienne. Le Parti du peuple des cafards (Cockroach Janta Party), un mouvement créé en mai 2026 en réaction à des propos controversés du président de la Cour suprême comparant les jeunes chômeurs à des cafards, s'est joint à l'opposition pour dénoncer des manipulations électorales. Ce parti, mené par Abhijeet Dipke, symbolise une révolte contre le pouvoir en place, notamment le Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi et son parti, le Parti Bharatiya Janata (BJP).

Répression policière

Pour empêcher la manifestation du 10 octobre 2026, les autorités indiennes ont déployé une répression sans précédent. Environ 27 000 policiers et paramilitaires ont été mobilisés à Delhi, où les accès à la ville ont été fortement restreints. Plus de 40 stations de métro ont été fermées ou contrôlées, des déviations de circulation ont été mises en place dans le centre-ville, et 250 trains ont été annulés. Le fondateur du Parti du peuple des cafards, Abhijeet Dipke, a été arrêté à l'aéroport de Delhi dès son arrivée en provenance de Bombay. Par ailleurs, le YouTubeur Dhruv Rathee, suivi par 32,9 millions de personnes, a été placé en résidence surveillée alors qu'il se rendait vers le lieu de la manifestation. Selon la police, 500 personnes ont été arrêtées, mais le journal The Hindu évoque un chiffre de 3 000 arrestations à 14 heures, heure locale.

Scandale électoral

Le cœur de la contestation repose sur des allégations de manipulations électorales. La Commission électorale indienne (Election Commission of India), dirigée par Gyanesh Kumar, aurait retiré environ 130 millions d'électeurs des listes électorales sous prétexte de les mettre à jour. Les opposants, dont le Parti du peuple des cafards et le Congrès (parti d'opposition historique), accusent cette opération d'être biaisée en faveur du BJP. Ils dénoncent une méthode de révision des listes qui favoriserait le parti au pouvoir, en ciblant notamment les électeurs défavorisés ou opposants. Cette affaire soulève une question centrale : la démocratie indienne peut-elle tolérer des pratiques qui remettent en cause sa légitimité ?

Impact médiatique

L'événement a attiré l'attention des médias internationaux. La BBC et d'autres grands titres comme The Indian Express et The Hindu ont couvert en direct la répression et les arrestations. Plusieurs journalistes, dont deux travaillant pour le site Scroll, ont été interpellés, et le réseau Internet a été coupé dans le centre de Delhi. Ces mesures ont limité la diffusion d'informations en temps réel et entravé le travail des médias. Les restrictions imposées aux réseaux de communication et aux déplacements ont également compliqué l'organisation de la manifestation, tout en alimentant les débats sur la liberté de la presse et la liberté de manifester en Inde.

Ce que ça pourrait changer

L'article de *Scroll* soulève une réflexion plus large sur la notion de patriotisme en Inde. La question posée est de savoir si un bon citoyen doit être un citoyen docile, obéissant aux directives du gouvernement, ou si l'Inde peut revendiquer une démocratie forte, capable d'accueillir les divergences d'opinions. Cette interrogation s'inscrit dans un contexte où les autorités semblent privilégier la première option, en limitant les libertés fondamentales pour maintenir l'ordre. Le Parti du peuple des cafards incarne cette résistance, en utilisant l'humour et la provocation pour dénoncer les abus de pouvoir, tout en revendiquant une place pour la jeunesse dans le débat public.

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