Des forêts et des hommes : Au Gabon, la nature comme valeur sûre
Recouvert à près de quatre-vingt-dix pour cent par les arbres, le Gabon est l'un des rares pays du monde où la forêt gagne du terrain ; le résultat d'un volontarisme politique de la part de l'État, qui a fait le choix de préserver ces territoires à travers des politiques fiscales et sécuritaires..
Le Gabon se distingue comme l'un des rares pays au monde où la forêt gagne du terrain, avec près de 88 % de son territoire recouvert par la forêt tropicale. Cette situation résulte d'une politique volontariste menée par l'État depuis plus de vingt ans. Dès les années 2000, sous la présidence d'Omar Bongo, le pays a créé des parcs naturels protégés par des écoguides et l'armée. En 2010, l'exportation des grumes (troncs d'arbres abattus) a été interdite pour encourager la transformation locale du bois, développant ainsi le secteur forestier, aujourd'hui premier employeur du pays. Cette stratégie vise à concilier exploitation économique et préservation écologique, faisant du Gabon un exemple en Afrique centrale.
En 2021, le Gabon a mis en place un système de bonus/malus fiscal pour récompenser les entreprises respectueuses de l'environnement. Les entreprises vertueuses bénéficient d'avantages fiscaux, tandis que les autres sont pénalisées. Par ailleurs, le pays se positionne sur le marché des crédits carbone, un mécanisme créé par le protocole de Kyoto en 1997. Ce système permet aux pays industrialisés d'acheter des droits à polluer auprès de pays comme le Gabon, qui absorbe jusqu'à 140 millions de tonnes de carbone par an grâce à ses forêts. Cette approche génère des revenus tout en renforçant la diplomatie environnementale du Gabon.
Depuis la colonisation en 1839, la forêt est au cœur de l'économie gabonaise, servant de ressource principale. Aujourd'hui, l'État doit concilier deux impératifs : exploiter les ressources forestières pour soutenir l'économie et préserver les écosystèmes. Cette tension se traduit par des politiques de régénération et de conservation, tout en maintenant un secteur forestier dynamique. Le Gabon illustre ainsi comment un pays peut tirer parti de ses ressources naturelles sans compromettre leur durabilité, en combinant exploitation économique et protection environnementale.
Les parcs nationaux gabonais, protégés par des écoguides et l'armée, jouent un rôle clé dans la préservation de la biodiversité. Leur gestion s'appuie sur une approche sécuritaire, avec des patrouilles pour lutter contre le braconnage et les activités illégales. Ces parcs ne sont pas seulement des réserves naturelles, mais aussi des leviers économiques et diplomatiques. Leur création et leur entretien reflètent l'engagement du Gabon en faveur d'une gestion durable des forêts, tout en répondant aux enjeux locaux et internationaux de conservation.
Le Gabon abrite environ 95 000 éléphants de forêt, soit près des deux tiers de la population mondiale de cette espèce. Cependant, leurs déplacements vers les zones habitées entraînent des conflits avec les humains, notamment en détruisant les cultures. Face à ces tensions, le gouvernement gabonais doit trouver un équilibre entre la préservation des éléphants et les besoins des communautés locales, qui réclament des mesures répressives. Ce dilemme illustre les défis posés par la cohabitation entre la faune sauvage et les activités humaines dans un pays aussi boisé.
Le secteur forestier est le premier employeur du Gabon, générant des revenus grâce à la transformation locale du bois et à l'exportation de produits finis. Les politiques publiques, comme l'interdiction des grumes ou le système de *bonus/malus*, visent à renforcer cette filière tout en protégeant l'environnement. Les acteurs clés incluent l'État gabonais, les entreprises locales, les écoguides et les chercheurs comme Alain Karsenty, spécialiste des forêts tropicales. Ces initiatives montrent comment la gestion forestière peut être un levier de développement économique et social.

