En Afrique du Sud, une série de meurtres de femmes provoque l’émoi et la colère
Elles sont 9 à avoir été retrouvées sans vie, en l’espace de deux mois, abandonnées dans des espaces publics à l’est de Johannesburg. Le pays est connu pour son taux d’homicides très élevé par rapport au reste du monde, et cette violence n'épargne pas les femmes, comme l’illustre cette affaire..
Entre juillet et septembre 2026, neuf femmes ont été retrouvées mortes dans des espaces publics à l’est de Johannesburg, en Afrique du Sud. Ces meurtres, survenus en l’espace de deux mois, ont provoqué une vague d’émotion et d’indignation dans le pays. Les victimes, âgées pour la plupart d’une trentaine d’années, ont été abandonnées dans des lieux accessibles au public. À ce stade, la police sud-africaine n’a pas confirmé s’il s’agissait d’un seul meurtrier en série ou de crimes isolés imités par d’autres. Plusieurs suspects ont été arrêtés, mais l’enquête se poursuit pour établir les liens éventuels entre ces affaires. Une récompense de près de 20 000 euros a été promise à quiconque fournirait des informations utiles pour résoudre ces meurtres.
L’Afrique du Sud est confrontée à un taux de féminicides parmi les plus élevés au monde, cinq fois supérieur à la moyenne mondiale. Selon Fatima Shaik, directrice de l’ONG POWA (People Opposing Women Abuse), une femme y est tuée en moyenne toutes les quatre heures. Ces violences ne sont pas un phénomène récent : elles s’inscrivent dans un contexte de violence structurelle contre les femmes, bien antérieur à cette série de meurtres. Malgré les promesses gouvernementales, les associations dénoncent l’inaction des pouvoirs publics. La police a été critiquée pour avoir conseillé aux femmes de limiter leurs déplacements, une réponse jugée insuffisante et injuste par les militantes féministes, qui rappellent que la sécurité est une responsabilité de l’État.
En 2020, le gouvernement sud-africain, dirigé par Cyril Ramaphosa, avait élaboré une feuille de route nationale pour lutter contre les violences de genre. Cependant, les associations comme Women for Change, représentée par Merlize Jogiat, soulignent que ces mesures n’ont pas été concrétisées. Les militantes réclament des budgets dédiés et une application immédiate des plans stratégiques. Le manque de résultats concrets alimente la frustration des organisations féministes, qui estiment que les discours politiques ne se traduisent pas par des actions suffisantes. Les cérémonies commémoratives et les rassemblements organisés par la société civile visent à rappeler l’urgence de la situation.
Face à l’inaction perçue des autorités, des rassemblements et des hommages publics sont organisés pour honorer les victimes et exiger des solutions. Des courses à pied commémoratives ont notamment été organisées, en référence à l’une des victimes, tuée alors qu’elle faisait son jogging. Ces initiatives visent à sensibiliser l’opinion publique et à exercer une pression sur les décideurs. Les associations appellent également à une transformation profonde de la société, en s’attaquant aux racines des violences, notamment aux normes patriarcales qui persistent en Afrique du Sud. Ces mobilisations illustrent une prise de conscience collective, mais aussi l’ampleur du défi à relever pour éradiquer ces crimes.
L’Afrique du Sud, pays marqué par l’histoire de l’*apartheid* (système de ségrégation raciale jusqu’en 1994), reste confronté à des inégalités sociales et économiques persistantes. Ces tensions structurelles contribuent à un climat de violence généralisée, dont les femmes sont des victimes disproportionnées. Les meurtres récents s’inscrivent dans ce contexte plus large, où les violences de genre sont à la fois un symptôme et un amplificateur des dysfonctionnements sociétaux. Les associations féministes soulignent que la lutte contre ces crimes nécessite des mesures globales, incluant éducation, justice et protection sociale, pour briser le cycle de la violence.

