Frederiksen-Meloni : le drôle de couple anti-immigration de l’Union européenne
Pendant la crise de Ceuta et dans les jours qui ont suivi, les Premières ministres danoise et italienne ont à plusieurs reprises exprimé des positions communes, réclamant une approche plus dure sur la question migratoire, rappelle “La Stampa”. De quoi surprendre : Frederiksen appartient à la famille socialiste, tandis que Meloni est issue de l’extrême droite..
En août 2026, deux Premières ministres de l'Union européenne, Mette Frederiksen (Danemark) et Giorgia Meloni (Italie), forment un tandem inattendu pour défendre une politique migratoire stricte. Frederiksen, issue du Parti social-démocrate danois, représente la gauche, tandis que Meloni, cheffe du parti Fratelli d'Italia, incarne l'extrême droite. Cette alliance surprend car elle unit deux figures politiques aux idéologies traditionnellement opposées. Leur collaboration s'est concrétisée après la crise migratoire de Ceuta, en août 2026, où l'Espagne a été critiquée par plusieurs pays européens pour sa gestion des arrivées de migrants. Les deux dirigeantes ont cosigné une lettre le 1er août 2026, demandant une réunion extraordinaire de l'UE pour lutter contre l'immigration clandestine, en ciblant notamment les politiques de régularisation des migrants en situation irrégulière.
La crise de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, a servi de catalyseur à cette alliance. Entre le 1er et le 10 août 2026, Frederiksen et Meloni ont multiplié les prises de position communes, dénonçant une immigration « incontrôlée » vers l'Europe. Leur objectif était double : influencer les décisions européennes et sortir de l'impasse politique dans laquelle elles se trouvaient après la crise. Pour Frederiksen, cette position permet de renforcer sa coalition fragile au Danemark, composée de libéraux et de socialo-écologistes. Pour Meloni, cela lui offre une légitimité internationale et une réponse à ses détracteurs, tant de gauche que de droite, qui lui reprochent de ne pas assez agir contre l'immigration. Leur message commun sur les réseaux sociaux le 10 août 2026 a marqué le début officiel de cette collaboration.
Frederiksen et Meloni utilisent cette alliance pour des raisons différentes. Frederiksen, au pouvoir depuis plusieurs années, mise sur l'immigration comme thème central pour maintenir sa popularité et stabiliser sa coalition. Meloni, en revanche, cherche à se repositionner après des critiques internes et externes. Pour elle, cette alliance envoie un double message : à gauche, elle montre qu'il existe un progressisme « éclairé » prêt à s'allier avec elle pour défendre les frontières européennes ; à droite, elle prouve qu'elle obtient des résultats concrets, contrairement à ses opposants qui prônent des mesures radicales comme la remigration (renvoi forcé de migrants). Leur tandem illustre une stratégie opportuniste, où l'urgence migratoire prime sur les divergences idéologiques.
Cette collaboration marque un tournant dans la politique européenne, car elle dépasse les clivages traditionnels entre gauche et droite sur la question migratoire. Jusqu'à présent, les partis de gauche et de droite s'accusaient mutuellement d'être soit immigrationnistes (favorables à l'accueil des migrants), soit racistes (hostiles à l'immigration). Frederiksen et Meloni ont rompu ce tabou en proposant une vision commune : une Europe qui défend ses frontières sans pour autant renoncer à ses valeurs. Leur initiative est inédite, car elle implique une dirigeante conservatrice (Meloni) qui évite de polémiquer contre la gauche, et une progressiste (Frederiksen) qui ne rejette pas catégoriquement la droite. Cette alliance pourrait avoir des répercussions durables sur les débats politiques en Europe.
L'impact de cette alliance reste à évaluer, mais elle pourrait influencer les politiques migratoires de l'UE dans les mois à venir. Les deux dirigeantes proposent notamment la création de *hubs de rapatriement* pour les migrants dans des pays tiers, une idée qui divise déjà les États membres. Leur approche commune pourrait aussi servir de modèle à d'autres pays, ou au contraire, renforcer les tensions au sein de l'Union. Pour Frederiksen, cette collaboration renforce sa position au Danemark, où sa coalition est fragile. Pour Meloni, elle lui permet de se présenter comme une dirigeante pragmatique, capable de rassembler au-delà des clivages politiques. Cependant, cette alliance soulève des questions sur l'avenir des valeurs européennes, notamment en matière de droits humains et de solidarité entre États membres.

