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Culture

Simone de Beauvoir, étudiante en union libre

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

En 1928, Simone de Beauvoir prépare l’agrégation de philosophie. Élève brillante, elle étouffe au sein de son milieu bourgeois.

Contexte historique

En 1928, Simone de Beauvoir, âgée de 20 ans, prépare l’agrégation de philosophie, un concours très sélectif en France qui permet d’enseigner dans le secondaire ou le supérieur. À cette époque, les femmes viennent tout juste d’être autorisées à se présenter à ce concours, ouvert depuis 1905. Simone est une élève brillante : elle a déjà obtenu huit certificats d’études supérieures et rédige un diplôme d’études supérieures sur Le Concept chez Leibniz, un philosophe allemand du XVIIe siècle. Dans ses écrits personnels, elle exprime sa détermination à s’engager dans sa propre vie, comme elle l’écrit le 27 septembre 1928 : « Un cycle nouveau commence. Me voici engagée dans l’histoire vraie de ma vie. » Ce concours marque un tournant dans sa quête d’émancipation.

Milieu familial étouffant

Simone de Beauvoir vit dans un appartement insalubre et froid au 71 rue de Rennes à Paris, avec ses parents, issus de la bourgeoisie mais appauvris après la Première Guerre mondiale (1914-1918). Sa mère, Françoise, surveille ses moindres gestes, tandis que son père, Georges, un homme traditionaliste, méprise les intellectuels et les dreyfusards (partisans de la révision du procès d’Alfred Dreyfus, symbole de la lutte pour la justice). Georges accepte que sa fille fasse des études, mais à condition qu’elle reste une « jeune fille rangée ». Il critique son ambition et ignore ses lectures. Cette opposition familiale pousse Simone à vouloir s’affranchir des normes sociales de l’époque.

Réseau d'amitiés libératrices

Pour échapper à l’étouffement familial, Simone de Beauvoir s’appuie sur un cercle d’amis qui partagent son désir de liberté. Sa meilleure amie, Élisabeth Lacoin, surnommée Zaza, est une figure proche d’elle, mais contrairement à Simone, Zaza reste prisonnière des conventions de son éducation catholique et bourgeoise. D’autres amis, comme René Maheu (surnommé le Lama) et Maurice Merleau-Ponty, jouent un rôle clé. Maheu, qui présente Simone à Jean-Paul Sartre en juillet 1929, la surnomme Castor en raison de la ressemblance entre son nom de famille (Beauvoir) et le mot anglais beaver (castor). Ces amitiés lui offrent un espace de discussion et de réflexion en dehors du cadre familial.

Rencontre avec Sartre

Le 8 juillet 1929, Simone de Beauvoir rencontre Jean-Paul Sartre, un étudiant en philosophie de 24 ans, au Jardin du Luxembourg à Paris. Leurs échanges intellectuels sont intenses et annoncent déjà leur volonté commune de renouveler les idées de leur époque. Leur relation dépasse rapidement le cadre amical : Sartre lui chante même la chanson Old Man River. Le 14 octobre 1929, Sartre propose à Simone une forme de relation révolutionnaire pour l’époque : l’union libre. Ce concept, inédit à l’époque, implique un engagement mutuel sans mariage, avec la possibilité d’avoir d’autres relations amoureuses, appelées « amours contingentes ». Simone accepte ce pacte, qui marque le début d’une relation libre et transparente entre eux.

Réussite et émancipation

En 1929, Simone de Beauvoir franchit une étape majeure en emménageant seule dans un appartement situé au 91 rue Denfert-Rochereau à Paris. La même année, elle réussit brillamment l’agrégation de philosophie, devenant la plus jeune agrégée de France à seulement 21 ans. Ce succès est d’autant plus remarquable que les femmes étaient encore rares dans ce domaine. Simone incarne ainsi une nouvelle forme de liberté : elle brise les codes d’une société qui impose aux femmes de se marier et de renoncer à leur carrière. Cependant, cette émancipation reste exceptionnelle dans la France des années 1920, où les normes sociales sont encore très strictes.

Ce que ça pourrait changer

Le 25 novembre 1929, Simone de Beauvoir subit un choc profond avec la mort de sa meilleure amie, Élisabeth Lacoin (Zaza), à l’âge de 21 ans. Zaza meurt d’une encéphalite infectieuse, une inflammation du cerveau. Cette disparition plonge Simone dans une profonde souffrance. Pendant plusieurs semaines, elle cesse d’écrire, laissant des pages blanches dans ses cahiers. La mort de Zaza reste un traumatisme pour elle et marque un tournant dans sa vie. Cet événement illustre les limites de la liberté qu’elle a conquise : malgré son émancipation, elle reste vulnérable aux drames personnels et aux attentes sociales qui pèsent encore sur les femmes.

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