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Généraliste

18 000 bulletins « modifiés » : des milliers d’élèves québécois sur une « voie de garage »

ICI Radio-Canada · mis à jour 23 sept.

Au moins 18 000 élèves en moyenne ont un bulletin « modifié », soit qui ne mène à aucun diplôme..

Bulletins modifiés expliqués

Un bulletin modifié est une mesure d'adaptation scolaire utilisée au Québec pour les élèves ayant des difficultés importantes d'apprentissage ou de comportement. Contrairement à un bulletin classique, il évalue l'élève selon des attentes réduites, définies dans un plan d'intervention personnalisé. Ce plan est élaboré en collaboration avec les parents et l'école, mais il peut aussi être proposé sans adaptation pédagogique préalable. Dans le bulletin, un commentaire indique clairement que l'élève suit un parcours modifié. Cette pratique vise à soutenir l'enfant, mais elle peut aussi limiter ses possibilités futures, comme l'accès à des diplômes reconnus. En 2026, environ 18 000 élèves par an sont concernés par cette mesure, selon des données partielles issues de 50 centres de services scolaires sur 72 au Québec.

Cas d'Hugo et sa famille

Véronique Drolet, mère monoparentale de Trois-Rivières, a vécu une situation difficile avec son fils Hugo, diagnostiqué à 7 ans avec un trouble développemental du langage affectant son expression orale et écrite. Malgré des demandes répétées d'aide, l'école n'a pas obtenu les ressources nécessaires pour Hugo. À partir de la 5e année du primaire, l'école a proposé un parcours modifié pour le secondaire, sans alternative claire. Véronique a signé le plan d'intervention, mais a constaté une régression académique chez son fils. Face à l'absence de communication sur les objectifs pédagogiques et à son propre combat contre un cancer du sein, elle a choisi de retirer Hugo de l'école pour l'instruire à la maison. Hugo, passionné de boxe, aspire à un métier manuel comme maçon ou soudeur, mais son parcours scolaire actuel limite ses options futures.

Conséquences pour les élèves

Les élèves en parcours modifié sont exclus des épreuves ministérielles et voient leurs chances d'obtenir un diplôme d'études secondaires (DES) compromises. Selon Bianca Nugent, présidente de la Coalition de parents d'enfants à besoins particuliers, cette mesure équivaut à une voie de garage : elle ne mène à aucun diplôme reconnu et peut masquer un bris de scolarité, c'est-à-dire un manque de soutien adapté. Au Québec, près d'un élève sur quatre a un trouble du comportement, des difficultés d'apprentissage ou un handicap, soit 287 000 enfants selon les dernières données ministérielles. Le taux de diplomation pour ces élèves stagne depuis 2018 à environ 60%, bien en dessous de la moyenne provinciale. Le ministère de l'Éducation n'a pas pu fournir de données sur le nombre d'élèves en parcours modifié qui accèdent ensuite à un diplôme d'études professionnelles (DEP).

Problèmes de mise en œuvre

Plusieurs acteurs dénoncent des lacunes dans l'application des plans d'intervention. Les parents ne sont pas toujours informés des implications à long terme de cette mesure, et certains plans sont standardisés plutôt que personnalisés. Isabelle Archambault, professeure à l'Université de Montréal, explique que dans un contexte de surcharge pour les professionnels, les plans d'intervention sont parfois déjà rédigés avant même que les parents ne les signent, sans explication suffisante. La Fédération des comités de parents du Québec estime que le bulletin modifié doit être une solution de dernier recours, après avoir exploré d'autres options comme la flexibilité pédagogique ou les services en place. Pourtant, dans certaines régions comme les Hauts-Bois-de-l'Outaouais, le nombre d'élèves en parcours modifié a doublé en cinq ans, atteignant 7%, tandis que dans d'autres, comme Montréal, il a diminué de moitié à 2%.

Inégalités entre garçons et filles

Les données montrent une surreprésentation des garçons parmi les élèves en parcours modifié. En moyenne, 60% des élèves concernés sont des garçons, et cette proportion atteint 70% dans certaines régions comme Montréal et le Bas-Saint-Laurent. Les raisons de cette disparité ne sont pas clairement expliquées dans l'article, mais des spécialistes suggèrent que les garçons pourraient être plus souvent orientés vers cette mesure en raison de troubles du comportement ou de difficultés scolaires non diagnostiquées. Cette tendance soulève des questions sur les biais possibles dans l'évaluation des besoins éducatifs des élèves selon leur genre.

Défis du système scolaire

Le système scolaire québécois fait face à des défis majeurs pour accompagner les élèves à besoins particuliers. En 2026, 4 000 enfants ont connu une rupture de scolarisation, soit près de trois fois plus qu'il y a cinq ans. Ces ruptures concernent des élèves avec des troubles de comportement, un trouble du spectre de l'autisme (TSA) ou un handicap, et reflètent un manque de ressources ou de structures adaptées. Malgré des témoignages de parents et des demandes répétées, aucune formation politique n'a pris d'engagement clair pour améliorer la situation. Le ministère de l'Éducation n'a pas été en mesure de fournir des données sur le devenir des élèves en parcours modifié, ce qui limite la capacité à évaluer l'efficacité de cette mesure.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs experts, dont Mélanie Paré, professeure à l'Université de Montréal, réclament une *mise à jour de la politique de l'adaptation scolaire*, qui date de plus de **25 ans**. Cette politique vise à favoriser la réussite des élèves à besoins particuliers en adaptant l'enseignement à leurs capacités. Cependant, son application actuelle est critiquée pour son manque de moyens et de suivi. Les spécialistes soulignent la nécessité d'un meilleur accompagnement des familles, d'une personnalisation des plans d'intervention et d'un suivi rigoureux des parcours scolaires. En attendant, des parents comme Véronique Drolet continuent de se battre pour offrir à leurs enfants des opportunités éducatives adaptées, malgré les obstacles.

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