Présidentielle : Vincent Bolloré a-t-il choisi son candidat ?
Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat publient "La droite de Dieu" (Les Arènes), une enquête très informée sur le milliardaire, ses obsessions idéologiques et son poids politique grandissant..
Vincent Bolloré est un milliardaire français qui contrôle un vaste empire médiatique et éditorial. Ses médias incluent CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche (JDD) et la maison d’édition Fayard. En 2022, cet empire avait soutenu la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle. En 2026, son rôle dans la campagne de 2027 suscite des interrogations. L’enquête La droite de Dieu révèle que Bolloré intervient directement dans la ligne éditoriale de ses médias, validant les sujets, les couvertures et les personnalités à soutenir. Deux fois par semaine, il organise des réunions avec les dirigeants de ces médias pour coordonner leurs actions, transformant son groupe en une machine médiatique unifiée et puissante.
Selon l’enquête, Vincent Bolloré aurait des préférences claires pour plusieurs candidats de droite et d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2027. Il soutiendrait notamment Éric Zemmour, Sarah Knafo, Jordan Bardella (président du Rassemblement National) et Bruno Retailleau (sénateur et figure de la droite républicaine). Avec Marine Le Pen, les relations seraient plus tendues, mais le député RN Sébastien Chenu estime que Bolloré pourrait les soutenir « par défaut », comme il l’a fait lors des précédentes élections. Son soutien est devenu un enjeu stratégique pour les politiques, qui n’hésitent pas à se déplacer jusqu’à sa résidence parisienne, la Villa Montmorency, pour le rencontrer. Parmi eux figurent Laurent Wauquiez, Gérald Darmanin, Aurore Bergé et Gabriel Attal, qui reconnaissent l’influence croissante du groupe Bolloré.
Depuis 2019 ou 2020, Vincent Bolloré affiche publiquement son engagement religieux, qu’il qualifie de combat « pour le Christ » et pour la défense de la civilisation judéo-chrétienne. Cette foi, autrefois personnelle, irrigue désormais ses médias, où des thèmes comme l’islam, l’immigration ou l’insécurité sont régulièrement mis en avant. Par exemple, CNews diffuse des messes en latin, et des figures du clergé ultra-conservateur sont régulièrement invitées à l’antenne. Bolloré s’affiche publiquement avec Nicolas Sarkozy, avec qui il se rend parfois à la messe ou en pèlerinage à Lourdes. Son engagement religieux se double d’une vision identitaire, où la Russie et ses médias pro-Kremlin, comme RT France, occupent une place centrale. Xénia Fedorova, ancienne directrice de RT France, est régulièrement invitée sur ses chaînes.
Vincent Bolloré ne se contente pas de soutenir des candidats : il a élaboré un véritable programme politique, inspiré de think tanks américains comme l’Heritage Foundation, connu pour son soutien à Donald Trump. Parmi ses propositions figurent la suppression de 200 milliards d’euros de dépenses publiques par an, une réduction drastique de l’immigration, la fin des subventions au planning familial et la lutte contre « l’idéologie déconstructrice ». Il souhaite également rétablir les couleurs dans les établissements scolaires et marier les idées de la droite traditionnelle avec celles de l’extrême droite. Pour concrétiser cette vision, il a créé l’Institut de l’espérance, un laboratoire d’idées visant à promouvoir ses idées. Son objectif est clair : influencer le débat public et peser sur les choix politiques de la France.
L’influence de Vincent Bolloré dépasse le cadre des médias : elle s’étend aux sphères politiques et économiques. Les élus et ministres qui le rencontrent reconnaissent l’impact de son groupe, devenu incontournable pour quiconque souhaite toucher un large public. Gabriel Attal, ancien Premier ministre, a déclaré que « l’impact du groupe Bolloré, on l’intègre » et qu’il est « devenu difficile de faire sans ». Cette dépendance crée une relation de pouvoir asymétrique, où les politiques doivent composer avec ses orientations idéologiques. Bolloré utilise cette position pour promouvoir ses convictions, transformant ses médias en outils de diffusion de ses idées, au service d’un projet politique précis.

