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La défaite de la Seleção peut-elle coûter une élection présidentielle au Brésil ?

The Conversation France · mis à jour 4 août

L’ESSENTIEL Certaines études tendent à établir un lien entre les performances d’équipes sportives et les scores obtenus par les pouvoirs en place lorsque les élections se tiennent peu après. Le fiasco de la sélection nationale brésilienne à la Coupe du monde 2026 de football masculin pourrait, dans cette logique, avoir un effet négatif sur le résultat du président Lula, candidat à sa réélection en octobre prochain, d’autant plus que ce sport génère d’intenses passions au Brésil.

Lien entre football et politique

L’article explore l’idée, souvent répandue au Brésil, selon laquelle les performances de l’équipe nationale de football (la Seleção) pourraient influencer les résultats électoraux. Cette croyance repose sur l’hypothèse que les émotions liées au sport, comme la joie d’une victoire ou la frustration d’une défaite, se répercuteraient sur l’opinion publique envers le gouvernement en place. Au Brésil, où le football occupe une place centrale dans la culture nationale, cette connexion est régulièrement mobilisée par les médias et les politiques. Par exemple, après l’élimination du Brésil en Coupe du monde 2026 face à la Norvège, certains ont spéculé sur un impact négatif pour le président sortant Lula, candidat à sa réélection en octobre 2026. Cependant, l’article souligne que cette intuition reste largement une croyance populaire, sans preuve scientifique solide.

Origines historiques du mythe

L’instrumentalisation politique du football au Brésil remonte à plusieurs décennies. Dès les années 1930, sous le régime de Getúlio Vargas, le football a été utilisé comme outil de construction d’une identité nationale, appelée « brésilianité ». Plus tard, pendant la dictature militaire (1964-1985), la victoire de la Seleção en Coupe du monde 1970 a été exploitée pour promouvoir l’image du régime via la campagne « Noventa Milhões em Ação » (Quatre-vingt-dix millions en action), suggérant une unité nationale derrière l’équipe et le gouvernement. Cette stratégie visait à renforcer la légitimité du pouvoir en place en associant son succès à celui de l’équipe nationale. Aujourd’hui encore, les candidats à la présidence brésilienne cherchent à s’approprier symboliquement le football pour capter l’attention des électeurs.

Études scientifiques sur l’effet électoral

Plusieurs recherches en économie politique et en psychologie sociale ont tenté de vérifier si une victoire sportive pouvait procurer un « bonus électoral » aux dirigeants. Une étude influente publiée en 2010 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) suggérait qu’une victoire sportive dans les dix jours précédant un scrutin augmentait les voix pour le parti au pouvoir aux États-Unis. Cependant, des chercheurs comme Anthony Fowler et Pablo Montagnes ont réanalysé ces données et conclu que l’effet observé était probablement un faux positif statistique, c’est-à-dire une corrélation due au hasard plutôt qu’à un lien causal. Leur travail a montré que l’effet disparaissait lorsque des tests plus rigoureux étaient appliqués. Aujourd’hui, le consensus scientifique est que les grands événements sportifs influencent temporairement l’humeur collective, mais n’ont pas d’impact durable sur les préférences politiques.

Exemples brésiliens contradictoires

Au Brésil, les exemples historiques contredisent l’idée d’un lien direct entre les performances de la Seleção et les résultats électoraux. En 1998, le Brésil perd la finale de la Coupe du monde face à la France, mais le président Fernando Henrique Cardoso est réélu dès le premier tour trois mois plus tard. En 2002, le Brésil remporte son cinquième titre mondial, mais c’est Lula, candidat de l’opposition, qui accède à la présidence. En 2014, malgré une humiliation historique (7-1 contre l’Allemagne en demi-finale), la présidente Dilma Rousseff est réélue trois mois plus tard. Ces cas montrent que d’autres facteurs, comme la polarisation politique ou les enjeux socio-économiques, jouent un rôle bien plus déterminant que les résultats sportifs dans les choix électoraux.

Contexte politique et football actuel

En 2026, l’élimination du Brésil en huitièmes de finale de la Coupe du monde a relancé le débat sur l’impact électoral. Le président Lula, candidat à sa réélection, a tenté de minimiser l’importance de cette défaite en appelant à garder confiance dans l’avenir. À l’inverse, l’extrême droite brésilienne, représentée par Flávio Bolsonaro, a utilisé cette élimination pour créer des vidéos de campagne associant football et politique, comme un montage généré par IA montrant Neymar enfant puis adulte avec une écharpe présidentielle. Cependant, des sociologues comme Marco Bettine soulignent que le lien affectif entre la population et la Seleção s’est affaibli, notamment en raison de l’appropriation du maillot jaune par l’extrême droite, des scandales au sein de la Confederação Brasileira de Futebol (CBF) et de l’expatriation des meilleurs joueurs vers l’Europe. Ces éléments suggèrent que l’impact électoral d’une défaite sportive serait aujourd’hui limité.

Ce que ça pourrait changer

L’article explique que les émotions collectives liées au football peuvent servir de *catalyseur* pour des frustrations préexistantes, mais ne créent pas de nouvelles opinions politiques. Par exemple, lors de la demi-finale de 2014 où le Brésil a subi un 7-1 contre l’Allemagne, la colère des supporters présents dans le stade visait davantage la présidente Dilma Rousseff que l’équipe elle-même. Des études comme celles de Pedro Santos Mundim et Gleice Meire Almeida da Silva ont montré que la popularité de Dilma était déjà en baisse avant le Mondial. Ainsi, le football offre une scène pour exprimer des opinions déjà ancrées, mais ne détermine pas à lui seul les choix électoraux. Dans un pays aussi polarisé que le Brésil, où les divisions politiques dépassent largement le sport, les enjeux socio-économiques restent les principaux moteurs des décisions de vote.

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