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Culture

Table-ronde : La Roumanie vingt ans après l'intégration européenne

France Culture - Savoirs · mis à jour 2 oct.

La Roumanie a intégré l'Union européenne le premier janvier 2007. À quelques mois du vingtième anniversaire de cet évènement, comment l'adhésion du pays à l'Union européenne a-t-elle transformé le pays ?.

Adhésion à l'UE

La Roumanie a rejoint l'Union européenne (UE) le 1er janvier 2007, devenant ainsi le 27e État membre. Cette intégration a marqué une étape majeure pour le pays, qui sortait alors de près de 50 ans de régime communiste dirigé par Nicolae Ceaușescu, renversé en 1989. L'adhésion à l'UE a été perçue comme une opportunité de stabilisation politique et économique, après une transition déjà difficile vers l'économie de marché. Elle s'est accompagnée d'un ensemble de réformes imposées par Bruxelles, notamment dans les domaines de la justice, de la lutte contre la corruption et de l'administration publique, afin de répondre aux critères dits de Copenhague (stabilité démocratique, économie de marché viable, respect des droits humains).

Transformations économiques

Vingt ans après son entrée dans l'UE, la Roumanie a connu des changements économiques majeurs. Le pays a bénéficié d'importants fonds européens, estimés à plusieurs dizaines de milliards d'euros, destinés à moderniser les infrastructures, soutenir les entreprises et améliorer les services publics. Le produit intérieur brut (PIB) roumain a ainsi été multiplié par plus de deux depuis 2007, passant d'environ 100 milliards d'euros à plus de 250 milliards en 2026. Cependant, ces avancées restent inégales : certaines régions, comme Bucarest ou la Transylvanie, ont connu une croissance dynamique, tandis que d'autres, notamment rurales, peinent à rattraper leur retard. Le secteur industriel s'est diversifié, mais le pays reste dépendant de l'agriculture et des investissements étrangers, notamment dans l'automobile et les technologies.

Défiance envers l'UE

Malgré les bénéfices économiques, une partie de la population roumaine exprime une défiance croissante envers l'Union européenne. Selon les experts interrogés, cette méfiance s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, la perception d'un décalage entre les promesses de l'UE et la réalité : les fonds européens, bien que importants, ont parfois été mal utilisés ou détournés par des réseaux de corruption persistants. Ensuite, l'arrivée massive de migrants en 2015, bien que la Roumanie n'ait pas été directement concernée, a alimenté des discours xénophobes et anti-européens, portés par une partie de la classe politique. Enfin, la crise du Covid-19 et les tensions géopolitiques récentes ont renforcé un sentiment d'insécurité économique et sociale, que certains attribuent aux politiques européennes.

Guerre en Ukraine

La guerre en Ukraine, qui a débuté en février 2022, a profondément modifié le regard de la Roumanie sur l'UE. Le pays, qui partage une frontière de 600 km avec l'Ukraine, est devenu un acteur clé de la réponse européenne à la crise. Il a accueilli des millions de réfugiés ukrainiens et servi de base arrière pour les livraisons d'armes et d'aide humanitaire. Cette position stratégique a renforcé son rôle géopolitique, mais a aussi exposé ses vulnérabilités, notamment en matière d'énergie et de sécurité. Pour la Roumanie, l'UE est désormais perçue comme un rempart contre l'agression russe, mais aussi comme une source de tensions internes, notamment sur la question de l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, soutenue par Bucarest mais controversée dans certains États membres.

Débats géopolitiques

Les experts Carmen Rafanell et Nicolae Popa, invités de l'émission, soulignent que l'intégration européenne a aussi révélé des fractures profondes au sein de la société roumaine. D'un côté, les grandes villes et les jeunes générations voient l'UE comme une chance de développement et de mobilité, avec la possibilité de travailler ou d'étudier ailleurs en Europe. De l'autre, les zones rurales et les personnes âgées, moins exposées aux bénéfices de l'UE, expriment un sentiment d'abandon. Par ailleurs, la Roumanie reste un pays où l'extrême droite (AUR, Alliance pour l'Union des Roumains) gagne en influence, en capitalisant sur le rejet des élites politiques et des institutions européennes. Ces tensions reflètent un débat plus large sur l'identité nationale et l'avenir du pays dans une Europe en crise.

Ce que ça pourrait changer

À l'approche des vingt ans de l'adhésion, le bilan de la Roumanie dans l'UE est contrasté. Le pays a enregistré des progrès économiques et sociaux indéniables, mais les défis structurels persistent. La corruption, bien que combattue, reste un fléau, avec un score de 46/100 à l'*indice de perception de la corruption* de Transparency International en 2025, ce qui place la Roumanie parmi les pays les moins bien classés de l'UE. Les inégalités territoriales et sociales freinent une intégration harmonieuse. Pour l'avenir, les experts soulignent la nécessité de renforcer l'État de droit, d'investir dans l'éducation et d'améliorer la gouvernance locale. La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques pourraient, selon eux, accélérer ou ralentir ces réformes, en fonction des priorités européennes.

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