Les eurodéputés de gauche réclament le retrait d’une exposition « anti-avortement » au Parlement européen
L’exposition, mettant en avant le « miracle de la vie », s’inscrit « en réalité dans une campagne plus large opposée au droit à l’avortement », ont dénoncé Manon Aubry, Terry Reintke et Iratxe Garcia Perez, présidentes des groupes de gauche radicale, des Verts et des sociaux-démocrates à Strasbourg..
Le 16 septembre 2026, des eurodéputés de gauche au Parlement européen ont demandé le retrait d’une exposition jugée anti-avortement installée dans l’enceinte de l’institution. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les questions liées aux droits des femmes et à l’accès à l’avortement restent un sujet de tension en Europe. Le Parlement européen, qui regroupe des représentants élus des États membres de l’Union européenne (UE), est un lieu où s’affrontent régulièrement des visions divergentes sur des sujets sociétaux sensibles. Les eurodéputés de gauche, souvent associés à des positions progressistes, s’opposent ici à une exposition qu’ils considèrent comme une forme de propagande contre le droit à l’avortement, un droit reconnu dans de nombreux pays européens mais encore contesté dans d’autres.
L’exposition en question, intitulée Vie avant la naissance, présente selon ses détracteurs des images et des messages qualifiés de graphiques et militants par ses défenseurs. Elle met en avant des arguments en faveur de la protection de la vie dès la conception, une position souvent portée par des mouvements religieux ou conservateurs. Les eurodéputés de gauche estiment que cette exposition, organisée par des associations ou groupes pro-vie, véhicule une vision biaisée et moralisatrice, incompatible avec les valeurs d’égalité et de liberté individuelle promues par l’UE. Ils soulignent que le Parlement européen, en tant qu’institution publique, ne devrait pas donner de tribune à des idées qu’ils jugent discriminatoires ou contraires aux droits des femmes.
Une cinquantaine d’eurodéputés de gauche, issus de groupes politiques comme La Gauche ou Les Verts/ALE, ont signé une lettre ouverte adressée à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pour exiger le retrait immédiat de l’exposition. Ils dénoncent une instrumentalisation de l’espace public européen à des fins idéologiques et rappellent que l’avortement est un droit fondamental dans de nombreux États membres. Leur demande s’appuie sur le principe de neutralité politique et institutionnelle, selon lequel une institution publique ne doit pas favoriser une opinion au détriment d’une autre. Certains signataires, comme l’eurodéputée française Manon Aubry (LFI), ont qualifié cette exposition de danger pour les droits des femmes et de recul démocratique.
À ce stade, le Parlement européen n’a pas officiellement réagi à la demande des eurodéputés de gauche. La présidente Roberta Metsola, membre du groupe PPE (droite conservatrice), n’a pas encore pris position sur le sujet, bien que la gestion des espaces publics au sein de l’institution relève de son autorité. Historiquement, le Parlement européen a toujours défendu une ligne modérée sur les questions sociétales, cherchant à concilier les différentes sensibilités politiques de ses 705 membres. Cependant, cette affaire pourrait relancer le débat sur la liberté d’expression au sein des institutions européennes, certains craignant que l’interdiction d’une exposition ne soit perçue comme une censure, tandis que d’autres y verraient une protection des droits humains.
Cette polémique illustre les divisions persistantes en Europe sur la question de l’avortement, un droit légal dans la plupart des pays de l’UE mais dont l’accès peut varier selon les législations nationales. Par exemple, en Pologne, l’avortement est fortement restreint depuis 2020, tandis qu’en France, il est inscrit dans la Constitution depuis mars 2024. L’exposition *Vie avant la naissance* pourrait donc être perçue comme une provocation dans certains États, ou au contraire comme une simple expression de la liberté d’opinion dans d’autres. Pour les eurodéputés de gauche, cette affaire est aussi un test pour l’UE, qui doit réaffirmer son engagement en faveur des droits des femmes face aux reculs observés dans certains pays. La décision du Parlement européen sur ce dossier pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ses murs.

