Monstre, saison 4 : dans la tête de la tueuse Lizzie Borden
Après Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, Ryan Murphy s'intéresse à Lizzie Borden dans la saison 4 de Monstre, en ligne sur Netflix depuis le 17 septembre. Qu’est-ce que ça change quand le tueur appartient au genre féminin ?.
La série Monstre est une anthologie créée en 2022 par Ian Brennan et Ryan Murphy, diffusée sur Netflix. Chaque saison explore une affaire criminelle réelle ayant marqué l’histoire américaine, en la fictionnalisant. Les trois premières saisons ont traité des cas de Jeffrey Dahmer, des frères Menendez et d’Ed Gein. La saison 4, intitulée Monstre : L’histoire de Lizzie Borden, est la première à s’intéresser à une tueuse féminine. Elle est disponible depuis le 17 septembre 2026. Le format repose sur une mise en scène pop, méta et gore, avec des personnages complexes et des intrigues inspirées de faits historiques réels. Ryan Murphy, connu pour des productions comme American Horror Story, est associé à cette série bien qu’il ne soit pas scénariste de cette saison.
Lizzie Borden est une figure historique américaine du XIXe siècle, accusée d’avoir assassiné son père, Andrew Borden, et sa belle-mère, Abby Borden, à coups de hache dans le Massachusetts en 1892. Âgée de 32 ans au moment des faits, elle appartenait à la haute société de Fall River. Le procès qui a suivi n’a pas permis de prouver sa culpabilité malgré des indices accablants, et elle a été acquittée. Lizzie Borden est devenue une icône controversée, notamment aux États-Unis où une comptine enfantine macabre lui est dédiée. Son histoire a passionné la presse de l’époque, et de nombreuses théories ont circulé sur les mobiles des meurtres et les éventuels complices, comme sa sœur Emma ou la bonne Bridget Sullivan. Lizzie Borden est morte en 1927 sans avoir révélé la vérité.
La saison 4 de Monstre dépeint un environnement familial extrêmement toxique pour Lizzie Borden. Son père, Andrew Borden, est présenté comme un homme alcoolique et misogyne, rongé par la mort de sa première épouse, Sarah, mère de Lizzie. Sa belle-mère, Abby Borden, est décrite comme abusive et cruelle, tandis que sa sœur, Emma Borden, est absente et distante. Lizzie trouve un réconfort relatif dans la nature et auprès des animaux, mais son quotidien est marqué par la violence psychologique et la répression des conventions sociales de l’époque victorienne. Ces éléments servent de toile de fond à sa descente dans la violence extrême.
Dans la série, Lizzie Borden développe une relation amoureuse et passionnée avec Bridget Sullivan, une bonne peu conventionnelle qui travaille pour la famille. Cette romance lesbienne est présentée comme un élément central de l’émancipation de Lizzie et de sa décision de tuer son père et sa belle-mère. Leur relation est décrite avec bienveillance et des teintes douces, en contraste avec les scènes sanglantes des meurtres. Cependant, cette romance est aussi traversée par des tensions liées aux différences de classe sociale entre Lizzie, issue de la bourgeoisie, et Bridget, issue d’un milieu plus modeste. Leur projet criminel vise notamment à obtenir l’héritage familial pour mener une vie libre.
La série dépeint les meurtres de Lizzie Borden de manière spectaculaire et gore. Après une tentative d’empoisonnement ratée, Lizzie et Bridget se tournent vers la collection de haches du père, qui dirige une entreprise de pompes funèbres. Les scènes de meurtre, réparties sur deux épisodes, montrent plus de 40 coups de hache assénés à Abby et Andrew Borden. Ces séquences, très violentes, sont réalisées avec des fondus au rouge et des gros plans stressants pour accentuer l’impact visuel. L’actrice Ella Beatty incarne Lizzie avec une performance oscillant entre violence extrême et vulnérabilité, reflétant la complexité du personnage.
Au cours du procès de Lizzie Borden, la série met en lumière les stéréotypes de genre de la société victorienne. Lizzie, jeune femme bourgeoise et attirante, est perçue comme une victime innocente par le jury, incapable d’imaginer qu’elle ait pu commettre un crime aussi violent. Cette vision sexiste et classiste lui permet d’être acquittée, malgré les indices accablants. La série souligne ainsi l’injustice d’un système judiciaire qui juge les femmes selon des critères de genre et de classe, plutôt que sur des preuves objectives. Ce thème est central dans la narration et renforce l’axe féministe de la saison.
La saison 4 de Monstre inscrit Lizzie Borden dans un panthéon de tueuses célèbres, en explorant sa dimension féministe. Lizzie et Bridget sont fascinées par l’histoire de la Comtesse Elisabeth Bathory, une noble hongroise du XVIe siècle accusée de meurtres en série sur des jeunes femmes, et obsédée par le sang. Lizzie, souffrant de menstruations douloureuses et humiliée par sa belle-mère, trouve dans cette histoire une forme de purification morbide. La série évoque aussi Aileen Wuornos, une tueuse en série américaine exécutée en 2002, qui admire Lizzie Borden pour son émancipation sanglante face à un patriarcat violent. Ces parallèles soulignent la violence féminine comme une réponse à l’oppression systémique.
La réalisation de la saison 4 est assurée par Max Winkler pour six épisodes, avec un style visuel marqué par des fondus au rouge et des scènes sanglantes stylisées. Les séquences romantiques entre Lizzie et Bridget adoptent des teintes plus douces et ensoleillées, reflétant leur quête d’émancipation. La série évite le classicisme des productions d’époque en privilégiant un montage rythmé et une esthétique pop. Cependant, certains choix, comme des changements de points de vue impromptus ou des scènes trop gores, peuvent donner un aspect chaotique à l’ensemble. La musique, avec des titres comme Cherry Bomb des Runaways ou This is the end des Doors, renforce le côté méta et contemporain de la narration.
La série *Monstre : L’histoire de Lizzie Borden* a reçu des critiques mitigées. Si la performance des acteurs, notamment Ella Beatty dans le rôle-titre et Vicky Krieps dans un double rôle, est saluée, certains aspects comme les scènes de vomi en images de synthèse ou les affiches promotionnelles jugées trop violentes ont suscité des polémiques. Ces affiches, montrant Lizzie Borden ensanglantée, ont été accusées de glorifier la violence féminine et de jouer sur l’excitation du regard masculin. Malgré ces réserves, la série est décrite comme divertissante, binge-watchable et porteuse d’un message féministe fort, bien que parfois inégal dans sa construction narrative.

