Fuites de données : devant Bercy, des féministes demandent des comptes à l’État
Des associations féministes étaient mobilisées mardi pour demander une action plus ferme contre Brixhub, le moteur de recherche de données personnelles issues de fuites de données, et interpeller l’État sur son manque de protection des données des administrés. Elles étaient une dizaine, le 20 octobre, à Bercy.
Le 20 octobre, une dizaine de militantes et militants féministes et pour les droits numériques se sont rassemblés devant le Ministère de l’Économie et des Finances à Paris, plus communément appelé Bercy. Leur objectif était d’interpeller l’État sur son rôle dans la protection des données personnelles des citoyens. Parmi les associations présentes figuraient Féministes contre le cyberharcèlement, qui a joué un rôle central dans l’organisation de cette mobilisation. Les manifestants ont souligné que les risques liés aux fuites de données concernent l’ensemble de la population, mais touchent particulièrement les femmes et les filles, en raison des dangers accrus de traçage ou de cyberharcèlement qu’elles subissent.
Brixhub est un site web qui fonctionne comme un moteur de recherche spécialisé dans l’indexation des données personnelles issues de fuites massives. Ces données, souvent sensibles, proviennent de piratages de bases de données publiques ou privées et sont rendues accessibles en ligne. Début octobre 2024, la ministre déléguée à l’intelligence artificielle et au numérique, Anne le Hénanff, a demandé à la procureure de Paris de réduire la visibilité de Brixhub sur le web. Cependant, cette action n’a pas empêché l’apparition de sites miroirs, c’est-à-dire des copies du site original, dont l’un est hébergé en Russie et reste accessible. Ces sites miroirs permettent aux utilisateurs de contourner les restrictions et de continuer à accéder aux données personnelles.
Les militantes féministes ont mis en avant les risques spécifiques que représentent les fuites de données pour les femmes et les filles. Ces fuites facilitent le traçage des personnes exposées à des violences, comme les victimes de violences conjugales ou de harcèlement en ligne. Elles peuvent également renforcer les campagnes de cyberharcèlement en rendant plus facile l’accès à des informations personnelles, telles que des adresses, des numéros de téléphone ou des courriels. Alice Apostoly, chargée de plaidoyer chez Féministes contre le cyberharcèlement, a expliqué que ces risques sont partagés par tous, mais que leur impact est disproportionné pour les femmes.
Une étudiante nommée Lola a partagé son expérience lors du rassemblement. Elle a testé Brixhub en recherchant son nom et celui de ses parents, découvrant que certaines de leurs données avaient fuité, notamment via Ameli, le site officiel de l’Assurance Maladie en France. Cette anecdote illustre comment des fuites de données, même issues de services publics, peuvent exposer des informations personnelles. Les associations présentes ont souligné que ces fuites ne sont pas rares et que les citoyens sont souvent informés de manière tardive, voire pas du tout, de l’exposition de leurs données.
Face à la mobilisation et aux critiques, l’État a réagi en saisissant la procureure de Paris pour tenter de réduire la visibilité de *Brixhub*. Cependant, cette action a montré ses limites, car des sites miroirs ont rapidement émergé, rendant inefficace la mesure initiale. Les associations féministes demandent donc à l’État de mettre en place des moyens concrets pour protéger les données des administrés, au-delà des simples déclarations. Elles soulignent que l’État impose parfois le partage de données sensibles, comme dans le cas des services publics, mais échoue à garantir leur sécurité une fois ces données collectées.

