Saison Cabaret : une mise en lumière d’un "patrimoine national qui s'est en permanence renouvelé"
De ses revues de music-hall à ses créatures ou spectacles indisciplinaires, le cabaret est un "patrimoine vivant" dont le ministère de la Culture accompagne la reconnaissance. La Saison cabaret vise à "montrer sa grande diversité sur l'ensemble du territoire", selon son référent Laurent Vinauger..
La Saison Cabaret est un événement culturel organisé du 18 septembre au 18 décembre 2026 à Paris et dans plusieurs régions françaises. Elle comprend une centaine de projets, incluant des spectacles, ateliers et conférences, pour célébrer et soutenir le cabaret comme patrimoine national. Ce projet s'inscrit dans un plan lancé par le ministère de la Culture en janvier 2025, doté d'un budget de 300 000 euros financés par des fonds publics. L'événement est coordonné par l'association Cabarets en scènes, présidée par Alexandre Duvollet, directeur du cabaret L'Ange bleu, et implique des acteurs publics et privés du secteur. Une exposition photographique intitulée Cabaret(s) - Histoire d'une transmission vivante retrace l'évolution du cabaret depuis le XIXe siècle, mettant en avant ses figures emblématiques comme Mistinguett, Joséphine Baker, Bambi et Coccinelle.
Le cabaret existe en France depuis plus de 160 ans et s'est constamment renouvelé pour devenir un patrimoine culturel national. Une étude commandée par le ministère de la Culture en 2022 a révélé que le cabaret est présent sur l'ensemble du territoire, avec environ 200 cabarets en France métropolitaine et dans les territoires d'outre-mer. Cette étude a montré une diversification des formes de cabaret : des revues traditionnelles aux projets indisciplinaires (mélangeant plusieurs arts comme la chanson, le cirque ou la marionnette) et engagés, abordant des sujets sociétaux. Le cabaret parisien, bien que moins nombreux qu'auparavant (une vingtaine aujourd'hui contre plus de 20 dans les années 1960), reste un symbole fort, tandis que les régions affichent une grande variété de projets, souvent les seuls acteurs culturels locaux.
Le secteur du cabaret emploie environ 5 000 personnes, dont 1 600 artistes, souvent en contrat intermittent du spectacle. Ces emplois sont cruciaux, notamment dans les territoires ruraux où les cabarets sont parfois les seuls acteurs culturels. L'écosystème du cabaret inclut également des métiers d'art essentiels comme les plumassiers, bottiers et brodeurs, qui fabriquent les costumes emblématiques. Le ministère de la Culture souligne l'importance de préserver cet écosystème, à la fois culturel et économique, en soutenant ces métiers et les projets artistiques. Par exemple, la Maison Clairvoy, située au pied de Montmartre, fabrique les bottines de French cancan pour le Moulin Rouge, illustrant ce savoir-faire artisanal.
La Saison Cabaret vise à mieux reconnaître le cabaret comme un laboratoire de création et un acteur culturel majeur. Le ministère de la Culture a nommé Laurent Vinauger comme référent Cabaret pour dialoguer avec le secteur et mettre en place des mesures de soutien. L'un des enjeux est l'inscription du cancan et du French cancan à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel, une démarche portée par le Moulin Rouge et le Centre national de la danse, avec une possible reconnaissance par l'Unesco. Par ailleurs, le cabaret est un lieu de convivialité unique, où le public partage un moment autour d'une table, ce qui le distingue des autres formes de spectacle vivant.
Le cabaret contemporain se caractérise par une grande diversité de formes et d'engagements. Les projets indisciplinaires et engagés abordent des questions sociétales, notamment les droits des minorités LGBTQIA+. Des figures comme Bambi, une artiste transgenre emblématique des années 1970, incarnent cette tradition de résistance et de visibilité queer. En 2025 et 2026, le ministère a soutenu 60 artistes dans le développement de créatures de cabaret (personnages scénographiques), avec 190 demandes en 2025 et 241 en 2026. Ces projets reflètent l'évolution du cabaret vers un espace de débat et d'expression politique, où l'art devient un acte public.
Depuis la fin des années 2010, les scènes publiques conventionnées (comme les Scènes nationales ou les Centres chorégraphiques) s'ouvrent de plus en plus aux projets de cabaret. Des lieux comme le Carreau du Temple à Paris, la Scène nationale de Reims ou la Maison de la danse de Lyon accueillent désormais des résidences et des productions cabarets. La Saison Cabaret encourage cette collaboration en offrant des soutiens budgétaires et techniques aux projets, tout en incitant les scènes publiques à s'associer avec les cabarets locaux. Cette dynamique permet de diversifier l'offre culturelle et de renforcer les liens entre les acteurs du spectacle vivant.

