L’Alberta libéralise officiellement son marché des jeux de hasard
« Tout est fin prêt » depuis minuit, a indiqué la société publique des jeux de hasard..
L’Alberta, province canadienne, ouvre officiellement son marché des jeux de hasard en ligne à des entreprises privées à partir du lundi 1er octobre, devenant ainsi la deuxième province du Canada à adopter cette mesure après l’Ontario. Jusqu’à présent, la province était la seule à détenir un monopole sur les paris en ligne via sa plateforme publique PlayAlberta. Désormais, des opérateurs privés pourront proposer leurs services, sous réserve d’obtenir une licence délivrée par la Commission des jeux du hasard, de l’alcool et du cannabis de l’Alberta (AGLC). Cette libéralisation s’inscrit dans le cadre d’une loi adoptée en 2022 par le gouvernement de la première ministre Danielle Smith, visant à encadrer un marché auparavant non réglementé et à lutter contre les sites étrangers non autorisés.
Le nouveau cadre réglementaire impose aux opérateurs privés de respecter des règles strictes pour protéger les joueurs. Par exemple, les sites étrangers comme Coolbet, basé en Estonie, ont déjà quitté le marché albertain en raison de ces nouvelles exigences. Les opérateurs doivent également contribuer financièrement au bien-être social : 1 % de leurs recettes brutes seront alloués à des programmes de traitement du jeu compulsif, et 2 % seront réservés aux Premières Nations. De plus, le programme d’auto-exclusion, qui permet aux joueurs de s’interdire l’accès aux casinos physiques, s’étend désormais aux paris en ligne. Les joueurs pourront aussi fixer des limites de temps ou de mise sur ces plateformes.
Le gouvernement albertain prévoit de percevoir 76 millions de dollars de recettes dès la première année grâce à cette libéralisation. Cette somme provient d’une taxe de 20 % prélevée sur les recettes des entreprises privées. Cependant, certains experts, comme Robert Williams de l’Alberta Gambling Research Institute, estiment que ces recettes pourraient être limitées. En effet, de nombreux opérateurs en ligne sont des multinationales, ce qui signifie que seule une partie des fonds restera dans la province. Contrairement à la création d’un casino physique, qui génère des emplois et des dépenses locales, les sites en ligne ont un impact économique plus diffus.
Plusieurs entreprises privées ont annoncé des dons à des associations caritatives pour marquer leur entrée sur le marché albertain. Par exemple, FanDuel, un site de paris sportifs américain, a promis 80 000 dollars de dons, dont 30 000 dollars à la Croix-Rouge canadienne en Alberta et 50 000 dollars à la fondation Dollar A Day pour soutenir la santé mentale. De son côté, DraftKings a annoncé un don de 150 000 dollars au réseau des banques alimentaires de la province et prévoit des actions bénévoles de ses employés. Ces engagements visent à renforcer l’image des opérateurs tout en contribuant à des causes locales.
La libéralisation du marché des jeux en ligne pourrait entraîner une augmentation des problèmes liés au jeu, notamment chez les jeunes. En Ontario, première province à avoir libéralisé son marché en 2022, les appels à la ligne d’assistance pour les jeux de hasard ont augmenté de plus de 300 % depuis cette date. Une étude de l’Université de Toronto révèle également que le nombre de comptes en ligne actifs pour 100 000 habitants a bondi de 239 % en trois ans, passant de 2 160 à 7 300. En Alberta, le psychologue clinicien Robert Williams s’attend à une légère hausse des problèmes liés au jeu, bien que moins marquée qu’en Ontario, en raison de l’augmentation des publicités pour les paris en ligne.

