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Les halophytes, ces plantes de plage qui résistent contre vents et marées

The Conversation France · mis à jour 29 juil.

Les dunes côtières, paradis des plantes qui composent avec le sel. Ici Cakile maritima, Matthiola sinuata et Ammophila arenaria.

Plantes des plages méconnues

Les plages ne sont pas seulement des étendues de sable ou de galets : elles abritent une végétation spécifique, souvent invisible, appelée halophytes. Ces plantes se développent sur les laisse de mer (débris organiques rejetés par la mer) et les dunes mobiles, où elles subissent des contraintes extrêmes : salinité élevée des sols et des embruns, variations brutales de température, vent fort et pauvreté en nutriments. Leur particularité ? Elles tolèrent des concentrations en sel toxiques pour la plupart des autres plantes. Leur rôle est multiple : fixation du sable limitant l'érosion côtière, dépollution des sols, source de nourriture, de médicaments ou encore de bioénergie. Leur étude est d'autant plus importante que 20 % des terres émergées dans le monde sont affectées par la salinisation, un phénomène aggravé par le changement climatique.

Diversité des halophytes

Les halophytes ne représentent que 2 % des plantes à fleurs, soit environ 5 000 à 6 000 espèces, mais elles colonisent tous les continents sauf l'Antarctique. Elles s'adaptent à des milieux variés : plages et dunes côtières (Cakile maritima, Limonium stocksii), mangroves (Avicennia marina), marais salants (Salicornia, Spartina alterniflora), ou encore sebkhas désertiques (Suaeda, Distichlis spicata). Ces plantes appartiennent à des familles botaniques différentes, comme les Amaranthaceae, Poaceae ou Brassicaceae. Leur classification repose sur des critères comme leur tolérance au sel, leur capacité à l'exclure ou à l'accumuler, ou encore leurs adaptations morphologiques. Leur diversité reflète leur capacité à survivre dans des conditions extrêmes.

Stratégies de survie au sel

Pour résister à la salinité, les halophytes utilisent trois stratégies principales, parfois combinées. D'abord, elles peuvent exclure le sel au niveau de leurs racines, empêchant son absorption. Ensuite, elles l'excrètent via des glandes foliaires, comme des pores spécialisés. Enfin, elles l'accumulent de manière contrôlée dans leurs tissus, ce qui leur donne une apparence charnue (succulente). Leurs feuilles, souvent réduites, possèdent une couche cireuse épaisse (cuticule) et des poils (trichomes) qui réfléchissent la lumière. Certaines espèces, comme le Mesembryanthemum crystallinum, adoptent une photosynthèse nocturne pour limiter les pertes d'eau. Ces adaptations s'accompagnent d'une production accrue d'antioxydants pour neutraliser les espèces réactives de l'oxygène générées par le stress salin et thermique.

Exemple de la roquette de mer

La roquette de mer (Cakile maritima) est une halophyte commune sur les plages françaises, présente aussi en Norvège et en Australie. Elle joue un rôle clé dans la formation des dunes en fixant le sable grâce à ses racines profondes (jusqu'à 40 cm). Cette plante tolère une salinité équivalente à la moitié de celle de l'eau de mer, ce qui en fait une pionnière robuste. Son fruit se sépare en deux parties : l'une flotte et se disperse sur de longues distances, tandis que l'autre reste attachée à la plante mère pour assurer une régénération locale. Ses feuilles deviennent plus charnues avec l'augmentation de la salinité, et ses graines contiennent jusqu'à 40 % d'huile riche en acide érucique, utilisé dans l'industrie pharmaceutique.

Usages alimentaires et industriels

Les halophytes offrent des débouchés variés, notamment en alimentation et en industrie. Certaines espèces comme Panicum turgidum produisent jusqu'à 60 tonnes de biomasse fourragère par hectare et par an, comparable au maïs, et peuvent être cultivées sur des terres salines impropres aux cultures classiques. D'autres, comme le quinoa, le pourpier ou les Salicornia, sont consommées comme super-aliments en raison de leur teneur élevée en antioxydants. Les graines de roquette de mer, riches en huile, pourraient être utilisées pour produire des tensioactifs. Enfin, ces plantes contiennent des composés aux propriétés antimicrobiennes et anti-inflammatoires, déjà exploités en médecine traditionnelle. Leur potentiel industriel et pharmaceutique reste encore largement inexploré.

Ce que ça pourrait changer

Les halophytes rendent des services écologiques majeurs, comme la stabilisation des dunes, la protection contre l'érosion côtière et la séquestration de *carbone bleu* (stocké dans les écosystèmes côtiers comme les mangroves). Elles peuvent aussi dépolluer les sols par *phytoremédiation*, en réduisant la salinité ou en accumulant des métaux lourds comme le cadmium. Leur culture pour produire du bioéthanol ou du biodiesel sur des terres marginales salines limiterait les conflits entre cultures alimentaires et énergétiques. Cependant, leur exploitation à grande échelle se heurte à des défis techniques (irrigation saline, absence de variétés domestiquées), économiques (méconnaissance des consommateurs) et écologiques (risques d'invasivité ou d'allélopathie). Une gestion adaptée et des politiques publiques sont nécessaires pour développer des filières durables.

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