Soudan du Sud : le lourd tribut d’une paix toujours inachevée
Le coût humain de la violence au Soudan du Sud « continue de s’alourdir », a alerté jeudi une commission d'enquête de l’ONU, qui s’inquiète de la détérioration de la situation sécuritaire et politique à l’approche des élections prévues en décembre..
Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est marqué par une guerre civile déclenchée en 2013 par un conflit de pouvoir entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar. Malgré la signature d’un accord de paix revitalisé en 2018, les violences persistent. Cet accord visait à mettre fin aux combats et à rétablir la stabilité, mais sa mise en œuvre reste incomplète. Le pays se prépare à organiser ses premières élections depuis l’indépendance en décembre 2026, un scrutin censé marquer une étape vers la démocratie. Cependant, la Commission des Nations Unies sur les droits de l'homme au Soudan du Sud (COI-Soudan du Sud) souligne que les conditions pour des élections pacifiques et crédibles ne sont pas réunies.
La Commission des Nations Unies a mené sa quatorzième mission d’enquête en dix ans dans le pays. Ses enquêteurs indépendants ont constaté la persistance de violences graves dans des régions comme l’État de Jonglei, au nord du pays. Les témoignages recueillis révèlent des violences sexuelles, des meurtres, des déplacements forcés et des séparations familiales. Les survivants dénoncent également un manque d’accès aux soins médicaux, au soutien psychosocial et à d’autres services essentiels, même dans des situations d’urgence. Selon la présidente de la Commission, Yasmin Sooka, la situation n’a que peu évolué malgré les années, et le coût humain continue de s’alourdir. Les responsables politiques et sécuritaires sont critiqués pour leur incapacité à prévenir ces violences et à protéger les civils.
La Commission s’alarme de l’aggravation de la crise humanitaire au Soudan du Sud. Les meurtres, les déplacements forcés et les attaques contre les civils se multiplient, tandis que les opérations humanitaires sont de plus en plus entravées par l’insécurité. Les travailleurs humanitaires sont directement menacés, ce qui limite leur capacité à porter assistance aux populations dans le besoin. La situation est d’autant plus critique que les besoins humanitaires restent considérables, alors que les financements sont insuffisants. La Commission souligne l’importance de préserver le soutien aux opérations humanitaires et à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), une force de maintien de la paix déployée dans le pays. Récemment, une patrouille de la MINUSS a été attaquée dans l’État de Jonglei, faisant deux morts et plusieurs blessés parmi les Casques bleus. Une enquête est exigée pour identifier et juger les responsables.
Les élections prévues en décembre 2026 sont au cœur des préoccupations. La Commission craint que leur organisation sans garanties suffisantes ne ravive les tensions et n’accroisse le risque de nouvelles violences. Pour qu’elles soient pacifiques et crédibles, plusieurs conditions doivent être remplies : un dialogue politique inclusif, la protection des droits des électeurs, des conditions équitables pour les candidats et des mécanismes de règlement des contentieux électoraux fiables. Un membre de la Commission, Barney Afako, a souligné que l’espace politique et civique s’est réduit, limitant la participation des citoyens. Sans ces garanties, les élections pourraient devenir une source d’instabilité plutôt qu’une étape vers la paix. La Commission appelle à l’implication de tous les acteurs, y compris l’opposition, les groupes réfractaires, la société civile, les femmes et les jeunes.
La **corruption endémique** est identifiée comme un **obstacle majeur** à la paix et à la sécurité au Soudan du Sud. La Commission constate peu de progrès depuis son dernier rapport sur ce sujet, qui avait mis en lumière les **détournements de fonds publics**, la **mauvaise allocation des ressources** et leur impact sur les **droits humains**. Selon **Carlos Castresana Fernández**, membre de la Commission, l’**impunité** reste généralisée : les auteurs de graves exactions ne sont pas poursuivis, et les **institutions judiciaires**, faibles et sous-financées, ne parviennent pas à rendre justice. Sans avancées concrètes en matière de **justice**, de **protection des civils** et de **dialogue politique**, le processus électoral risque de s’enliser dans l’instabilité. La Commission insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de lutte contre la corruption pour briser ce cycle.

