Faut-il chercher à geler son taux hypothécaire dès que possible?
« Les gens nous contactent et veulent s’y prendre d’avance », affirme une courtière hypothécaire..
Depuis la fin du printemps 2024, les taux hypothécaires fixes au Québec et au Canada augmentent progressivement. Selon Philippe Simard, directeur hypothécaire chez Ratehub pour le Québec, cette tendance haussière est observée sur le marché. Par exemple, le taux hypothécaire fixe moyen pour un prêt de cinq ans était de 4,78 % le 24 septembre 2024, ce qui représente une hausse de 0,16 point de pourcentage en seulement 30 jours, selon les données du site wowa.ca. Cette évolution s’explique par la hausse des taux obligataires, qui influencent directement les taux fixes. Ces derniers dépendent de plusieurs facteurs économiques, comme les prévisions d’inflation ou la conjoncture économique. Les taux variables, quant à eux, sont liés au taux directeur de la Banque du Canada, actuellement fixé à 2,25 % depuis octobre 2023. Par exemple, la banque TD propose un prêt hypothécaire variable à 5 ans à 4,24 %, calculé à partir du taux préférentiel de 4,6 % moins une prime fixe de 0,36 %.
Plusieurs observateurs économiques anticipent une hausse du taux directeur de la Banque du Canada dès la fin octobre 2024. Cette prévision est motivée par des craintes d’inflation persistante, notamment en raison de la guerre au Moyen-Orient, et par une économie affectée par les tarifs douaniers imposés par les États-Unis. Une telle hausse aurait un impact direct sur les taux variables, qui suivraient mécaniquement le mouvement. Pour les taux fixes, la relation est indirecte mais tout aussi significative : une hausse des taux obligataires, influencée par ces mêmes facteurs, entraînerait une augmentation des taux fixes proposés aux emprunteurs. Dans ce contexte, les courtiers hypothécaires recommandent de plus en plus aux clients de se prémunir contre cette tendance en gelant leur taux dès que possible.
Geler un taux hypothécaire signifie bloquer un taux d’intérêt fixe pour une période déterminée, généralement entre 90 et 120 jours, voire plus selon les institutions financières. Cette option permet aux emprunteurs de se protéger contre une éventuelle hausse des taux avant de finaliser leur prêt. Si le taux du marché baisse après la réservation, l’emprunteur bénéficiera du taux le plus avantageux. En revanche, si le taux augmente, il paiera le taux bloqué. Cette pratique est souvent gratuite et offre une sécurité financière, surtout pour ceux qui prévoient de renouveler leur prêt dans les 12 prochains mois. Selon Malik Yacoubi, cofondateur et PDG du prêteur hypothécaire en ligne nesto, cette option est d’autant plus intéressante qu’elle permet de réduire l’incertitude dans un contexte économique volatile.
Face à l’évolution des taux et aux recommandations des courtiers, les emprunteurs semblent de plus en plus réactifs. Véronique Caron, courtière hypothécaire chez Multi-Prêts, constate que les clients sont désormais mieux informés et prennent les devants en contactant leur courtier pour bloquer un taux à l’avance. Philippe Simard, de Ratehub, observe également une prise de conscience chez les emprunteurs, même si tous ne se précipitent pas pour réserver un taux. Malik Yacoubi note une légère hausse de l’anxiété chez certains clients, mais souligne que le gel d’un taux peut contribuer à apaiser ces craintes. À la Banque nationale, deuxième prêteur hypothécaire au Québec, on signale une augmentation « légère » des demandes de gel de taux, sans pour autant parler d’un mouvement massif.
Les experts en financement hypothécaire s’accordent à dire que bloquer un taux dès que possible est une stratégie prudente, surtout dans un contexte où les taux sont en hausse. Philippe Simard recommande de réserver un taux « le plus tôt possible » pour se protéger contre une éventuelle augmentation future. Véronique Caron confirme que cette approche est particulièrement utile pour les emprunteurs qui prévoient de renouveler leur prêt dans les 12 prochains mois. Malik Yacoubi, de *nesto*, va plus loin en affirmant que l’option est gratuite et qu’elle offre une sécurité sans risque, même si l’évolution future des taux reste incertaine. Cependant, malgré ces conseils, les courtiers soulignent que tous les emprunteurs ne se précipitent pas encore pour bloquer leur taux.

