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Culture

Sam Stourdzé, directeur de la Villa Médicis : « Ce festival

Trois Couleurs · mis à jour il y a 5 j

L’Académie de France à Rome - Villa Médicis accueille chaque année, pendant un an, des artistes francophones comme pensionnaires et résidents. En cette rentrée, on peut par exemple y croiser la cinéaste Amandine Gay, la romancière Louise Chennevière ou le peintre Jean Claracq.

Histoire de la Villa Médicis

La Villa Médicis, située à Rome, est une institution culturelle française fondée il y a 350 ans. À l'origine, elle accueillait principalement des artistes comme des peintres, sculpteurs ou graveurs en résidence. Depuis les années 1980, elle a élargi ses disciplines pour inclure le cinéma, notamment avec une section dédiée à l'écriture de scénario. En plus de son rôle de résidence, la Villa Médicis organise des expositions, des colloques et des projections cinématographiques dans sa salle Michel Piccoli, conçue par Richard Peduzzi. Depuis plusieurs années, elle propose également des projections en plein air sur sa façade Renaissance, offrant une vue sur Rome. En 2021, elle a lancé un festival de cinéma pour mettre en avant des formes cinématographiques innovantes et hybrides.

Festival de Film : éclectisme

Le Festival de Film de la Villa Médicis se distingue par une programmation très éclectique, mêlant courts et longs métrages, documentaires, essais et fictions. L'objectif est de briser les catégories traditionnelles du cinéma en proposant des œuvres qui utilisent le film comme un outil de recherche artistique et esthétique. Les réalisateurs peuvent provenir du milieu de l'industrie cinématographique ou de l'art contemporain, mais tous partagent une approche expérimentale. Le festival compte environ 12 films en compétition, tous très radicaux, ainsi qu'une programmation grand public en soirée. Depuis sa création en 2021, il attire entre 4 000 et 5 000 spectateurs en quatre jours, malgré une offre limitée à Rome pour ce type de cinéma alternatif.

Création du festival en 2021

La première édition du festival a été lancée en 2021, peu après l'arrivée de Sam Stourdzé en tant que directeur de la Villa Médicis. Ce projet s'inscrivait dans une volonté de renforcer la programmation culturelle de l'institution et de répondre à un besoin : Rome manquait d'espaces dédiés à la diffusion de films contemporains, artistiques ou expérimentaux. Ces œuvres, souvent invisibles en salles, trouvent une visibilité grâce au festival. Stourdzé, ancien commissaire d'exposition spécialisé en photographie et cinéma, a puisé dans son expérience pour structurer un festival collégial, avec un comité de sélection évolutif. Le festival rend aussi hommage à Lili Hinstin, figure clé de sa création, décédée en 2026.

Cinéma comme outil d'observation

Le festival se positionne comme un poste d'observation de l'état du monde actuel à travers le prisme du cinéma contemporain. Les créateurs utilisent le film pour explorer des sujets complexes comme les crises géopolitiques, les catastrophes environnementales ou les questions sociales. Les formes cinématographiques employées sont variées : reenactment (reconstitution historique), jeux de mise en scène, ou utilisation innovante d'archives. Malgré la gravité des thèmes abordés, certains films intègrent une dimension poétique ou une lenteur radicale, offrant une lueur d'espoir. Cette année, des œuvres comme NAZA, un documentaire israélien sur les violences à Gaza, illustrent cette capacité du cinéma à susciter des débats publics.

Équilibre et radicalité

Le festival cherche à maintenir un équilibre entre une sélection très radicale et une programmation accessible au grand public. Les 12 films en compétition sont choisis pour leur audace formelle et thématique, tandis que les projections en soirée attirent un public plus large avec des films d'auteur. Cette approche permet de rassembler différents publics tout en préservant l'identité du festival, qui évite les paillettes et les tapis rouges. Depuis six ans, cette formule fonctionne, avec une fréquentation stable de 4 000 à 5 000 personnes. L'enjeu pour les prochaines éditions est de conserver cette dynamique sans sacrifier la radicalité artistique.

Public et confrontation culturelle

Le festival vise à ouvrir de nouveaux publics à des formes cinématographiques exigeantes, tout en bousculant parfois les attentes des spectateurs traditionnels. Le cadre exceptionnel de la Villa Médicis, avec sa façade Renaissance et son écran en plein air, sert de cheval de Troie pour attirer un public qui ne fréquenterait pas spontanément ce type de cinéma. L'institution mise sur la beauté du lieu et la magie de l'expérience pour créer une rencontre entre des films engagés et des spectateurs variés. Cette confrontation peut générer des débats, comme en témoigne la réception du film NAZA à la Mostra de Venise, qui a suscité une forte visibilité médiatique.

Contexte politique et culturel

En 2026, année électorale en France, Sam Stourdzé souligne l'importance de défendre le modèle culturel français, notamment face aux risques de polarisation politique. Il regrette que la culture soit souvent absente des débats électoraux, alors qu'elle représente un enjeu majeur pour la société. La Villa Médicis incarne un modèle institutionnel qui fonctionne, mais dont la pérennité dépend de la capacité à s'adapter et à résister aux pressions extérieures. Stourdzé exprime une inquiétude partagée face aux défis à venir, tout en réaffirmant le rôle central de la culture dans la construction du débat public.

Ce que ça pourrait changer

En parallèle du festival de cinéma, la Villa Médicis mène depuis cinq ans un projet nommé *Résidences Pro*, qui accueille des lycéens professionnels et agricoles français. Chaque année, environ 300 élèves viennent passer une semaine en résidence à Rome, un nombre qui a doublé pour atteindre 600 en 2026. Depuis le lancement du dispositif, près de 2 500 élèves ont participé. L'objectif est de leur offrir une première expérience de voyage à l'étranger et de leur faire découvrir un patrimoine culturel comme la Villa Médicis. Ces résidences permettent aussi de travailler sur des projets préparés toute l'année, mêlant découverte et création. Ce projet illustre la volonté de l'institution d'ouvrir la culture à tous les publics.

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