On leur arrache les yeux pour plus de productivité : la face cachée des crevettes de supermarché
Un rapport de l’ONG International council for animal walfare (Icaw) publié ce vendredi dénonce l’épédonculation des crevettes, soit la mutilation des tiges oculaires des femelles reproductrices. Plusieurs enseignes françaises de supermarchés se sont déjà engagées pour mettre fin à cette pratique..
Une pratique appelée épédonculation est dénoncée dans les élevages de crevettes. Elle consiste à sectionner les pédoncules oculaires des femelles reproductrices. Cette tige relie l’œil au corps de l’animal. L’objectif affiché est d’accélérer la ponte en agissant sur leur système hormonal. Cette méthode est utilisée dans de nombreux élevages, notamment en Asie et en Amérique latine, d’où proviennent la quasi-totalité des crevettes consommées en France. Chaque année, neuf milliards de crevettes sont vendues dans le pays. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît depuis 2005 que les crustacés, comme les crevettes, sont capables d’éprouver la douleur et la détresse.
L’épédonculation a des conséquences graves sur les crevettes et leur descendance. Selon une étude citée par l’International Council for Animal Welfare (Icaw), cette pratique affaiblit le système immunitaire des crevettes et augmente significativement leur taux de mortalité. De plus, l’Icaw souligne que les méthodes d’abattage actuelles, comme l’immersion dans des bains de glace, sont peu fiables. Une étude anglaise montre que les crevettes mettent environ quatre minutes à perdre leur sensibilité dans une eau à -2,5 °C, et que cette durée s’allonge si l’eau est moins froide. Cette méthode, largement répandue, prolonge donc leur agonie de manière inutile.
L’International Council for Animal Welfare (Icaw) est une ONG qui publie un rapport inédit le 16 octobre 2026 pour alerter sur les conditions d’élevage et d’abattage des crevettes. L’organisation mène une campagne auprès des enseignes de supermarchés françaises pour qu’elles encouragent leurs fournisseurs à abandonner l’épédonculation et à privilégier l’étourdissement électrique, jugé plus efficace. Juliette Audemard, responsable des négociations à l’Icaw, explique que les consommateurs ignorent souvent ces pratiques, car elles se déroulent à l’étranger. L’ONG s’inspire d’une campagne réussie au Royaume-Uni, où les crustacés ont vu leur sensibilité reconnue légalement en 2022.
Plusieurs enseignes françaises de supermarchés se sont engagées à mettre fin à l’épédonculation. En septembre 2025, le groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto) a été le premier à s’engager pour 2026. Depuis, Coopérative U, Auchan, Aldi, Carrefour, Lidl, Casino et Biocoop ont rejoint le mouvement. Seul E.Leclerc n’a pas répondu favorablement aux demandes de l’Icaw. Ces engagements concernent uniquement l’arrêt de l’épédonculation, mais pas encore celui de l’abattage dans l’eau glacée. L’ONG espère que cette dynamique se poursuivra, comme au Royaume-Uni où tous les distributeurs majeurs ont éliminé l’épédonculation en moins de trois ans.
Les Français consomment massivement des crevettes, mais ignorent souvent les conditions de leur production. Le rapport de l’Icaw vise à informer le grand public sur ces pratiques cruelles et à encourager une consommation plus responsable. L’ONG souligne que les informations sur les produits du quotidien, comme les crevettes, manquent cruellement. Elle plaide pour un journalisme d’intérêt public, basé sur des faits scientifiques, afin de lutter contre le *greenwashing* et la désinformation. Vert, un média indépendant financé par des dons, propose une rubrique dédiée à l’analyse des produits et des tendances de consommation.

