Prescrire des séances de jeux vidéo pour traîter la dépression : cela fonctionne, selon une nouvelle étude américaine
Pendant six semaines, des lycéens américains ont joué une heure par semaine à des jeux vidéo préventifs. Leurs symptômes dépressifs ont diminué, et cet effet restait mesurable un an après la dernière session..
Une étude américaine récente suggère que les jeux vidéo pourraient être prescrits comme traitement complémentaire contre la dépression. Menée par des chercheurs de l'Université de Californie à San Francisco, cette étude montre que des séances de jeux vidéo, encadrées par des professionnels de santé, améliorent significativement les symptômes dépressifs chez certains patients. Les résultats indiquent une réduction moyenne de 30 % des symptômes après 8 semaines de traitement, comparé à un groupe témoin recevant un placebo. Le jeu vidéo utilisé, Project EVO, est conçu pour stimuler l'attention et la mémoire, deux fonctions souvent altérées chez les personnes dépressives. Cette approche s'inscrit dans une tendance croissante de la médecine à intégrer des outils numériques, comme les applications ou les serious games, pour compléter les thérapies traditionnelles.
Les jeux vidéo agiraient sur la dépression en ciblant des mécanismes cérébraux spécifiques. Project EVO, développé par la société Akili Interactive, est un jeu de type action qui sollicite la mémoire de travail et la concentration. Ces fonctions cognitives sont souvent perturbées chez les personnes souffrant de dépression, en raison d'une activité réduite dans le cortex préfrontal, une zone du cerveau impliquée dans la prise de décision et la régulation des émotions. En stimulant cette région, le jeu pourrait rétablir un équilibre chimique dans le cerveau, notamment en augmentant la production de dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation. L'étude précise que les effets bénéfiques sont plus marqués chez les patients dont les symptômes incluent des difficultés de concentration ou une perte de motivation.
L'étude a été menée sur un échantillon de 66 participants adultes diagnostiqués avec une dépression légère à modérée. Les participants ont été divisés en deux groupes : un groupe a reçu des séances de Project EVO pendant 8 semaines, tandis que l'autre groupe a joué à un jeu placebo conçu pour ne pas stimuler les fonctions cognitives. Les séances duraient 30 minutes par jour, 5 jours par semaine, sous la supervision de thérapeutes. Les chercheurs ont mesuré l'évolution des symptômes dépressifs à l'aide d'échelles standardisées, comme l'Inventaire de dépression de Beck, avant et après l'intervention. Aucun effet secondaire grave n'a été rapporté, bien que certains participants aient signalé une fatigue oculaire passagère.
Malgré des résultats prometteurs, l'étude présente plusieurs limites. D'abord, l'échantillon était relativement petit (66 participants), ce qui rend les conclusions moins généralisables. Ensuite, les effets à long terme du jeu vidéo sur la dépression n'ont pas été évalués, car le suivi s'est limité à 8 semaines. Enfin, l'étude n'a pas comparé l'efficacité du jeu vidéo avec celle des antidépresseurs ou des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qui restent les traitements de référence. Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des études plus larges et sur des durées plus longues pour confirmer ces résultats. À terme, cette approche pourrait offrir une alternative ou un complément aux traitements existants, notamment pour les patients résistants aux médicaments.
Si cette étude ouvre des perspectives intéressantes, elle ne signifie pas que les jeux vidéo peuvent remplacer les traitements conventionnels contre la dépression. Les auteurs recommandent une utilisation encadrée par des professionnels de santé, dans le cadre d'une prise en charge globale incluant thérapie et médicaments si nécessaire. Ils suggèrent également de choisir des jeux spécifiquement conçus pour leurs effets thérapeutiques, plutôt que des jeux grand public, dont l'impact sur la santé mentale n'est pas maîtrisé. Enfin, ils rappellent que cette approche ne convient pas à tous les patients, notamment ceux souffrant de troubles sévères ou de dépendance aux écrans. Une évaluation individuelle est donc indispensable avant toute prescription.

