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Profession : ramasseur de poulets

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 19 h

Chaque nuit, les ramasseurs de volailles chargent des milliers de bêtes en direction des abattoirs. À plus de 70 ans, Nicole a dû s'initier à cette profession éreintante pour compléter sa retraite.

Deux profils opposés

Le métier de ramasseur de volailles, bien que difficile, attire deux profils très différents. Nicole, 76 ans, a commencé ce travail à 70 ans pour compléter sa retraite, qui s'élève à un montant très faible (moins de 1 000 € par mois) en raison de sa carrière comme femme au foyer. Son divorce à 50 ans a réduit ses droits à pension. À l'inverse, Jason, 27 ans, est un passionné qui exerce ce métier depuis huit ans. Pour lui, cette profession n'est pas un simple travail, mais une vocation. Il souligne l'importance de la motivation pour tenir dans un environnement exigeant. Nicole et Jason illustrent ainsi deux réalités distinctes : l'un par nécessité financière, l'autre par engagement personnel.

Conditions de travail extrêmes

Les ramasseurs de volailles travaillent de nuit, souvent pendant plus de 15 heures par sortie, avec des trajets longs entre les exploitations. Une fois sur place, ils doivent manipuler les poulets par groupes de cinq ou six pour les placer dans des cages empilées dans des camions pouvant contenir jusqu'à 10 000 animaux. Les conditions sont particulièrement éprouvantes : les hangars sont saturés d'une odeur irrespirable, et les travailleurs ne disposent pas toujours de protections élémentaires comme des masques ou des bottes. Nicole évoque des journées où elle a passé jusqu'à six heures sans boire, et des éleveurs parfois peu attentifs à leur confort. Ces conditions physiques et environnementales rendent ce métier particulièrement difficile.

Rôle et responsabilités

Les ramasseurs de volailles ont pour mission de charger les animaux dans les camions avant leur transport vers les abattoirs. Leur travail est rythmé par la coordination en équipe : chaque membre doit être efficace pour vider rapidement les bâtiments et éviter le stress des animaux. Jason souligne l'importance de la solidarité entre collègues, qui permet de tenir malgré la fatigue. Cependant, les risques sont nombreux : accidents de la route (Nicole a failli en provoquer un après 22 heures de travail consécutives), blessures liées à la manipulation des animaux (Nicole s'est démis l'épaule), ou encore exposition à des produits irritants. Leur rôle est donc à la fois logistique et physique.

Impact sur la santé et l'équilibre

Ce métier a des conséquences graves sur la santé des travailleurs. Nicole a dû démissionner après s'être blessée à l'épaule, et elle décrit des journées de travail pouvant atteindre 23 heures. La fatigue accumulée augmente les risques d'accidents, notamment lors des trajets en camion. Jason, quant à lui, a sacrifié sa vie personnelle pour ce travail : il ne prend pas de vacances, ne sort plus les week-ends et délaisse ses relations familiales. Il admet que le salaire, bien que bas pour le nombre d'heures effectuées, ne compense pas ces sacrifices. Pour lui, ce métier est une passion, mais il reconnaît que cela a un coût sur son équilibre de vie.

Enjeux économiques et sociaux

Le métier de ramasseur de volailles est marqué par des enjeux économiques et sociaux complexes. D'un côté, les travailleurs sont souvent mal payés malgré des horaires extensifs, ce qui pousse certains, comme Jason, à créer leur propre entreprise pour améliorer leurs conditions. De l'autre, ce secteur emploie parfois des travailleurs en situation de vulnérabilité, comme des sans-papiers, exploités dans des conditions indignes (logement insalubre, salaires non versés). En 2026, un procès a confirmé des peines de prison ferme pour des employeurs coupables de telles pratiques en Bretagne. Ces problèmes reflètent les tensions entre la demande mondiale de viande (poulet, porc, bœuf) et les conditions de travail dans les filières agricoles intensives.

Défense des éleveurs et bien-être animal

Jason défend le point de vue des éleveurs, estimant que l'élevage intensif répond à une demande mondiale croissante en viande. Il reconnaît cependant que les conditions de ramassage peuvent être brutales pour les animaux, avec des risques de fractures ou de blessures. Il souligne que les ONG et les médias dénoncent régulièrement ces pratiques, mais que les solutions pour un ramassage plus respectueux restent limitées. Pour lui, le métier de ramasseur est essentiel, mais il plaide pour une meilleure reconnaissance des travailleurs et une amélioration des conditions d'élevage. Son engagement reflète une vision pragmatique, où la nécessité économique prime souvent sur le bien-être animal.

Ce que ça pourrait changer

Les témoignages de Nicole et Jason révèlent une forte dimension humaine dans ce métier. Nicole décrit la solidarité entre collègues comme un élément clé pour tenir dans ces conditions difficiles. Malgré les épreuves, elle garde des souvenirs positifs de cette expérience, notamment le surnom affectueux de *Mamie*, donné par son équipe en raison de son âge. Jason, quant à lui, insiste sur la camaraderie et la coordination qui rendent le travail plus supportable. Ces relations de confiance et d'entraide sont souvent citées comme des raisons de rester dans ce métier, malgré ses exigences. La solidarité devient ainsi un contrepoids à la dureté du travail.

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