Yémen: après la prise de Bab Al-Mandab par les Houthis, les combats s'intensifient
Après que les rebelles ont pris le contrôle de l'ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge, le conflit entre les forces gouvernementales et les Houthis prend de l'ampleur. Plongée dans la ville de Taïz, où les attaques marquent le quotidien des habitants..
Le 11 septembre 2026, les Houthis, un groupe rebelle yéménite, ont pris le contrôle du détroit de Bab Al-Mandab, une voie maritime essentielle reliant la mer Rouge au golfe d'Aden. Ce détroit est l'une des routes commerciales les plus fréquentées au monde, car il permet le passage des navires entre l'Europe et l'Asie via le canal de Suez. Cette prise marque un tournant dans le conflit au Yémen, car elle donne aux Houthis le contrôle de l'ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge. Depuis juillet 2026, les combats se sont intensifiés entre les Houthis et le gouvernement yéménite exilé à Aden, qui contrôle le sud et l'est du pays. Cette escalade militaire s'inscrit dans une guerre civile qui dure depuis plusieurs années.
Taïz, la troisième plus grande ville du Yémen avec près d'un million d'habitants, est devenue un point chaud du conflit. Elle se situe à la frontière entre les zones contrôlées par les Houthis au nord et celles tenues par le gouvernement au sud. Bien que le centre de la ville soit aux mains des forces gouvernementales, les rebelles quadrillent le nord et l'est, tandis que les deux camps se disputent les hauteurs à l'ouest. Les habitants, comme Ali, un éleveur de chèvres, vivent sous la menace constante des obus et des drones. Pour se protéger, de nombreuses familles envoient leurs enfants dans des camps de déplacés, mais certains, comme Ali, restent pour s'occuper de leurs animaux, essentiels à leur survie.
Les Houthis sont accusés de recruter des enfants soldats, une pratique condamnée par la communauté internationale. En 2022, le groupe s'était engagé à mettre fin à cette pratique, mais selon un soldat du gouvernement, des enfants combattent toujours. Ces jeunes, souvent très jeunes, sont placés en première ligne, ce qui pose un dilemme moral pour les soldats gouvernementaux. Un soldat a expliqué qu'il est difficile de tirer sur un enfant, mais que la survie en dépend. Cette situation illustre la brutalité du conflit et l'impact dévastateur sur les civils, notamment les plus vulnérables.
La guerre a provoqué une crise humanitaire sans précédent au Yémen. À l'hôpital al-Thawra de Taïz, tous les lits de l'unité de soins intensifs sont occupés, accueillant à la fois des combattants et des civils. Parmi eux, Ghana Nabeel, une enfant de 12 ans, a été gravement blessée par un éclat d'obus alors qu'elle gardait des chèvres. Dans les camps de déplacés, des familles, comme celle de Maryam Saleh, ont fui les combats en marchant pieds nus, sans rien emporter. Depuis début septembre 2026, plus de 130 000 personnes ont été déplacées, s'ajoutant aux 5,2 millions déjà déplacés par la guerre civile. L'ONU estime que 100 000 autres pourraient être forcés de quitter leur foyer d'ici trois mois.
Plusieurs experts des Nations unies accusent l'Iran de fournir des armes, un soutien financier et une aide militaire aux Houthis. Téhéran dément tout lien avec le groupe rebelle. Ce soutien extérieur alimente le conflit et complique les efforts de résolution. Les Houthis, soutenus par l'Iran, s'opposent au gouvernement yéménite, qui bénéficie quant à lui du soutien de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite. Cette guerre par procuration entre l'Iran et l'Arabie saoudite aggrave la situation humanitaire et prolonge le conflit, rendant toute solution politique encore plus difficile à atteindre.

