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Géopolitique

Au Portugal, la motion de censure de l’extrême droite se retourne contre elle

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Chega voulait fragiliser le gouvernement en ciblant le très contesté ministre de l’Intérieur Luís Neves. Resté seul à voter sa motion, le parti d’André Ventura a surtout offert au Premier ministre Luís Montenegro l’occasion de reprendre la main, avec des annonces sur le pouvoir d’achat..

Chega attaque le gouvernement

Le parti d’extrême droite portugais Chega, dirigé par André Ventura, a tenté de fragiliser le gouvernement de centre droit de Luís Montenegro en déposant une motion de censure contre le ministre de l’Intérieur, Luís Neves. Ce dernier, ancien directeur de la police judiciaire, est critiqué pour son implication dans cinq procédures, dont trois enquêtes pénales. Chega l’a qualifié de « shérif de la République » et réclamé son départ. Cette motion visait à affaiblir le gouvernement en place, mais elle a échoué, car Chega s’est retrouvé seul à la soutenir lors du vote au Parlement. Les autres partis, y compris la droite gouvernementale, les libéraux, les écologistes et le PAN (parti Personnes-Animaux-Nature), ont voté contre, tandis que les socialistes, communistes et le Bloc de gauche se sont abstenus.

Échec de la motion

La motion de censure déposée par Chega a été rejetée par le Parlement portugais le 9 septembre 2026. Seuls les députés de Chega ont voté pour, tandis que tous les autres partis politiques ont soit voté contre, soit choisi de s’abstenir. Cet échec a marqué un revers pour André Ventura, qui espérait fragiliser le gouvernement. Selon le quotidien Público, cette tentative s’est même retournée contre Chega, offrant au Premier ministre Luís Montenegro l’occasion de reprendre l’initiative politique. Le journal souligne que Ventura, en cherchant à devenir « la star de la rentrée parlementaire », a ouvert la porte à Montenegro pour reprendre le contrôle de l’agenda politique.

Réponse du gouvernement

Face à cette motion, le Premier ministre Luís Montenegro a profité du débat parlementaire pour annoncer deux mesures sociales destinées à améliorer le pouvoir d’achat des Portugais. Il a proposé un bonus pour les retraités en décembre 2026 et une baisse de l’impôt sur le revenu (IRS) jusqu’à la sixième tranche. Ces annonces ont permis de rediriger l’attention médiatique et politique vers des sujets économiques concrets, plutôt que vers les controverses entourant le ministre Luís Neves. Le quotidien Público a résumé cette stratégie en ces termes : « À force de vouloir être la star de la rentrée parlementaire, Chega a oublié l’instinct de survie du Premier ministre. » Ces mesures ont été présentées comme une réponse directe aux attentes des citoyens, tout en renforçant la position de Montenegro.

Relations paradoxales

Malgré cette tentative avortée de censure, la relation entre le gouvernement de Luís Montenegro et le parti Chega reste paradoxale. Bien que Chega attaque régulièrement l’exécutif, il continue de chercher à peser sur ses décisions, notamment sur des sujets comme l’immigration, la nationalité et la sécurité. Les deux parties ont assuré que le dialogue se poursuivrait, notamment dans le cadre des négociations pour le budget 2027. Cette situation illustre une dynamique politique où l’opposition radicale coexiste avec une forme de collaboration tactique, reflétant les tensions et les alliances complexes au sein du paysage politique portugais.

Ce que ça pourrait changer

Chega est devenu la deuxième force politique du Portugal lors des élections législatives anticipées de mai 2025, marquant une montée en puissance de l’extrême droite dans le pays. Cependant, malgré cette influence, le parti peine à s’enraciner localement, comme en témoignent les résultats des élections municipales. Son leader, André Ventura, est une figure médiatique qui utilise des discours provocateurs pour attirer l’attention, mais ses initiatives politiques ne remportent pas toujours le soutien nécessaire au Parlement. Cette motion de censure ratée illustre les limites de sa stratégie et les défis auxquels il est confronté pour transformer son influence électorale en pouvoir institutionnel.

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