Cinq ans plus tard, peu de chance de rapatrier Paul Mukendi au Canada
L'absence de traité d'extradition avec la République démocratique du Congo, où il se trouve, pose problème..
En août 2021, le pasteur Paul Mukendi, alors âgé de 48 ans, a fui le Québec pour éviter une peine de 10 ans d’emprisonnement pour agressions sexuelles et physiques sur une adolescente de 14 ans. Il devait purger sa peine dans un centre de détention deux jours après sa fuite, mais a utilisé le passeport de son frère pour quitter le pays. Avant sa fuite, il avait organisé une conférence de presse pour clamer son innocence tout en affirmant qu’il purgerait sa peine. En 2020, il avait été condamné à 8 ans de prison pour ces faits, puis à 2 années supplémentaires en 2021 pour une autre agression sexuelle. Depuis, il réside en République démocratique du Congo (RDC), où il continue ses activités religieuses et diffuse ses prêches en direct depuis Kinshasa, la capitale du pays.
Le Canada et la RDC ne disposent pas d’un traité d’extradition, un accord officiel qui permettrait aux autorités canadiennes de demander l’arrestation et le renvoi de Paul Mukendi pour qu’il purge sa peine au Canada. Sans cet accord, les autorités congolaises ne sont pas tenues de coopérer pour extrader un ressortissant de leur pays. Selon Me Hugues Langlais, avocat en droit de l’immigration, cela rend très improbable son rapatriement prochain. En effet, les gouvernements protègent généralement leurs ressortissants, sauf si un traité existe pour déroger à cette règle. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) confirme que les outils internationaux pour rapatrier Mukendi sont limités dans ce contexte.
Le DPCP, qui supervise les poursuites judiciaires, affirme avoir entrepris toutes les démarches possibles auprès des autorités congolaises pour obtenir l’extradition de Paul Mukendi. Cependant, il précise que ces efforts ne peuvent être détaillés publiquement sans risquer de compromettre leur efficacité. Les forces policières canadiennes, comme le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), qui mène l’enquête, n’ont pas souhaité commenter la situation. Pour qu’une extradition soit envisageable, le Canada doit motiver les autorités congolaises à agir, un processus qui peut prendre des années, selon Me Andrew Barbacki, avocat en droit d’immigration.
Paul Mukendi ne peut pas être contraint de quitter la RDC, où il réside librement depuis 2021. Selon Me Langlais, il n’existe actuellement aucun moyen légal de le faire sortir du pays. Son arrestation ne serait possible que s’il revenait au Canada ou s’il se rendait dans un pays ayant un accord d’extradition avec le Canada. Me Barbacki souligne que la durée de cette situation est normale compte tenu des complexités d’une affaire internationale. Une entente spécifique entre les deux pays pourrait éventuellement être négociée, mais un tel accord prendrait plusieurs années à se concrétiser.
Malgré sa condamnation au Canada, Paul Mukendi poursuit ses activités religieuses en RDC. Il dirige toujours le Centre évangélique *Parole de vie*, une église située à Québec, dont les services sont diffusés en direct depuis Kinshasa. Il publie régulièrement des messages sur les réseaux sociaux et organise des événements religieux dans la capitale congolaise. Ces activités montrent qu’il vit ouvertement dans le pays, sans crainte d’être arrêté ou extradé, en raison de l’absence de traité d’extradition entre le Canada et la RDC.

