Politique de l’intelligence et intelligence de la politique
Politique de l’intelligence et intelligence de la politique Cet article témoigne d’une fréquentation de longue date de Toni Negri, qui restera, comme Marx, un maître malgré lui ou à l’insu de son plein gré. La réflexion porte en particulier sur ce qui est un trait général de toutes les générations qui se voulaient révolutionnaires de 1965 à 2020 : une politique de l’intelligence qui ne fait pas forcément bon ménage avec une véritable intelligence politique.
L’article s’ouvre sur une référence à Toni Negri, philosophe et militant italien, dont l’auteur souligne l’influence durable malgré lui. Comme Karl Marx, Negri est présenté comme un maître malgré lui ou à l’insu de son plein gré, c’est-à-dire une figure dont les idées ont marqué profondément une génération sans qu’il ait nécessairement cherché à en être le guide incontesté. L’auteur, Yann Moulier Boutang, professeur émérite en sciences économiques, évoque ici une fréquentation de longue date de Negri, ce qui suggère une familiarité personnelle et intellectuelle avec ses travaux. Cette introduction place Negri dans une lignée de penseurs révolutionnaires, dont l’héritage dépasse parfois leurs intentions initiales.
L’article analyse une caractéristique commune aux générations se voulant révolutionnaires entre 1965 et 2020. Ces groupes, souvent issus de mouvements sociaux ou politiques radicaux, partagent une approche qu’on peut qualifier de politique de l’intelligence. Cette expression désigne une stratégie fondée sur l’usage massif des idées, des théories et des concepts pour transformer la société. Cependant, l’auteur souligne un décalage : cette politique de l’intelligence ne s’accompagne pas toujours d’une intelligence politique véritable. Cette dernière renvoie à la capacité de comprendre les rapports de force réels, les contraintes institutionnelles et les dynamiques sociales pour agir efficacement dans le champ politique.
L’auteur oppose deux notions : la politique de l’intelligence, qui privilégie les idées et les théories, et l’intelligence politique, qui exige une analyse pragmatique des réalités du pouvoir. La première peut mener à des débats théoriques riches, mais parfois déconnectés des enjeux concrets. La seconde, en revanche, implique une adaptation aux contraintes du système politique, ce qui peut limiter l’audace des propositions. Ce décalage est présenté comme un trait général des générations révolutionnaires étudiées, suggérant que l’idéalisme intellectuel ne suffit pas toujours à transformer durablement la société.
L’article situe son analyse dans une période précise, de 1965 à 2020, qui couvre des mouvements sociaux majeurs comme les contestations de Mai 68, les luttes anti-impérialistes, les mouvements écologistes ou encore les printemps arabes. Ces décennies ont vu émerger des générations porteuses de projets révolutionnaires, souvent portés par des intellectuels et des militants. L’auteur, en se concentrant sur cette période, met en lumière une tension récurrente entre la volonté de changement radical et la nécessité de composer avec les réalités politiques et économiques existantes.
L’article est signé par **Yann Moulier Boutang**, professeur émérite en sciences économiques à l’*université de technologie de Compiègne* (Alliance Sorbonne Université) et à l’*université de Shanghai*. Ses travaux portent notamment sur l’*économie cognitive* et le *capitalisme cognitif*, des concepts qu’il a développés dans des ouvrages comme *Le Capitalisme cognitif* (2007). Son analyse s’appuie sur une *fréquentation de longue date* de Toni Negri, ce qui lui permet d’éclairer les idées de ce dernier à travers le prisme de sa propre expertise en économie et en sciences sociales. L’article est publié en partenariat avec la plateforme **Cairn**, un site spécialisé dans les revues académiques francophones.

