9 espèces de protées identifiées sous les montagnes des Balkans
Les scientifiques ont identifié neuf espèces de protée différentes. Un pas de plus dans la conservation de ces salamandres cavernicoles d'Europe de l'Est..
Des chercheurs ont identifié neuf espèces distinctes de protées, des salamandres cavernicoles vivant dans les grottes des montagnes des Balkans. Cette découverte, publiée en août 2026 dans la revue Amphibia-Reptilia, marque un tournant dans la compréhension de ces animaux. Jusqu’alors, le protée était considéré comme une seule espèce depuis sa description initiale en 1768. Les scientifiques avaient même réduit ce nombre à une seule espèce au XIXe siècle, avant que des études génétiques récentes ne révèlent des divergences majeures entre les populations. Parmi ces neuf espèces, trois sont nouvellement décrites, tandis que les six autres étaient auparavant regroupées sous une seule appellation.
Le protée est un amphibien très particulier, adapté à la vie dans les grottes souterraines. Son corps est long et fin, sa peau est dépigmentée, ce qui lui donne une couleur blanche caractéristique. Contrairement à la plupart des amphibiens, il conserve à l’âge adulte des branchies externes, un phénomène appelé pédomorphose. Cela signifie qu’il garde des traits larvaires tout en étant sexuellement mature. Son métabolisme est extrêmement lent, lui permettant de survivre sans nourriture pendant des mois, voire des années. Certains individus peuvent vivre plus de cent ans, ce qui en fait l’amphibien le plus longévif au monde. Il se repère dans l’obscurité grâce à des récepteurs électrochimiques, ses yeux étant atrophiés.
Les grottes où vit le protée sont des milieux hostiles : froids, sombres et pauvres en ressources alimentaires. Pour s’y adapter, l’animal a développé des stratégies remarquables. Sa peau dépigmentée lui évite de dépenser de l’énergie pour produire de la mélanine, inutile dans l’obscurité. Ses branchies externes lui permettent de respirer sous l’eau, tandis que sa peau fine facilite les échanges gazeux. Son métabolisme ralenti réduit ses besoins énergétiques, lui permettant de jeûner pendant de longues périodes. Ces adaptations en font un modèle d’étude pour comprendre les mécanismes de l’évolution et de la résilience face à des conditions extrêmes.
Pour distinguer les neuf espèces de protées, les chercheurs ont combiné des analyses génétiques et des modèles informatiques. Ils ont étudié les différences morphologiques, notamment la forme de la tête et des membres, bien que ces variations soient souvent imperceptibles à l’œil nu. Les données génétiques ont révélé un isolement ancien entre les populations, confirmant qu’elles ne se reproduisent plus entre elles. Grâce à ces outils, les scientifiques ont également estimé que le protée pourrait être présent dans des grottes d’Albanie, où il n’a encore jamais été observé. Cette approche permet de mieux comprendre la répartition et la diversité de ces animaux.
La distinction entre neuf espèces plutôt qu’une seule est cruciale pour leur protection. Jusqu’à présent, le statut légal d’une espèce dépend de son nom scientifique. En regroupant plusieurs espèces sous un même nom, il était difficile de les protéger individuellement, risquant d’en faire disparaître certaines. Deux des nouvelles espèces ont une répartition géographique très limitée, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Cette découverte permettra de mettre à jour les listes rouges des espèces menacées et de mettre en place des projets de conservation adaptés à chaque espèce. Elle souligne l’importance de la taxonomie dans la préservation de la biodiversité.
Christophe Dufresnes, chercheur en biologie évolutive au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, a joué un rôle central dans cette découverte. Il est responsable scientifique de la collection amphibiens du muséum et a coordonné les recherches menées avec ses collègues. Leur travail s’inscrit dans une démarche de longue haleine, remontant aux observations des naturalistes du XIXe siècle, qui avaient déjà suspecté l’existence de plusieurs espèces. Les avancées technologiques, notamment en génétique, ont permis de confirmer ces hypothèses et d’aboutir à cette classification actualisée. Cette étude illustre l’importance de la recherche fondamentale pour éclairer les enjeux de conservation.

