Opération Volodine : le post-exotisme, bouquet final
Onze titres publiés le même jour chez onze éditeurs différents mais sous une seule signature, celle d'Infernus Johannes : tel est le coup de maître d'Antoine Volodine pour clore 41 ans de pérégrination littéraire..
Le 5 septembre 2026, l'écrivain français Antoine Volodine, sous le pseudonyme Infernus Johannes, publie simultanément onze titres chez onze éditeurs différents. Cet événement marque la conclusion d'une carrière littéraire de 41 ans, débutée en 1985 avec la publication de Bardo or not Bardo dans la collection Présence du Futur des éditions Denoël. Ce coup d'éclat, qualifié d'Opération Volodine, représente une performance éditoriale inédite, où un même auteur se démultiplie à travers des œuvres variées. Volodine, professeur de russe à l'origine, a construit une œuvre complexe et cohérente, centrée sur une vision du monde qu'il nomme le post-exotisme.
Le post-exotisme n'est ni un genre littéraire ni un style, mais une vision du monde développée par Volodine. Il s'agit d'un univers sombre, à la fois tragique et carnavalesque, mêlant humour noir, horreur et spiritualité. Les références artistiques de cette esthétique incluent le peintre Jérôme Bosch, le réalisateur Andrei Tarkovski, le peintre Brueghel et le cinéaste F. W. Murnau. Ce courant littéraire explore des thèmes comme les catastrophes du XXe siècle, notamment la Shoah et le Goulag, tout en intégrant des éléments de spiritualité bouddhiste, notamment à travers le Bardo Thödol, un texte tibétain connu comme le Livre des morts tibétains.
En 41 ans, Antoine Volodine a publié 48 titres sous divers pseudonymes, avant de conclure son cycle avec 11 nouveaux ouvrages le 5 septembre 2026. Ces œuvres, regroupées sous le titre Retour au goudron, marquent l'apothéose de son projet littéraire. Le post-exotisme se caractérise par une grande diversité formelle : faux-titres, novellas, récits, et une multitude de tonalités allant de l'humour noir à la contemplation mystique. L'ensemble forme une sorte de basilique littéraire, peuplée de personnages récurrents et d'une mythologie personnelle. Cette œuvre collective, guidée par le Bardo Thödol, emprunte toutes les formes littéraires possibles.
Pour célébrer cette conclusion, Antoine Volodine s'entoure de plusieurs acteurs clés du monde littéraire et artistique. Parmi eux, Olivier Cohen, fondateur des éditions de L’Olivier et éditeur, Pascal Jourdana, journaliste littéraire, Frédéric Martin, éditeur, Joris Mathieu, metteur en scène et co-président du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), ainsi que Hugues Robert, libraire à la librairie Charybde à Paris. Ces personnalités interviennent dans un entretien avec François Angelier, journaliste de France Culture, pour discuter de l'héritage de Volodine et de la signification de cette publication simultanée. Joris Mathieu a également adapté une œuvre de Volodine, Frères sorcières, pour la scène avec sa compagnie Haut et Court.
Avec la publication des onze titres de *Retour au goudron*, Volodine met fin à son cycle littéraire post-exotique, marquant ainsi un adieu à la scène littéraire. Cette conclusion s'inscrit dans une démarche artistique où l'auteur explore toutes les formes possibles, du récit court à la contemplation mystique, en passant par des scènes d'action ou des visions horrifiques. Le *Bardo Thödol*, texte central de cette œuvre, sert de fil conducteur à cette exploration, mêlant spiritualité et réflexion sur la mort. Volodine, par cette opération, offre une synthèse de son parcours, tout en laissant une empreinte durable sur la littérature contemporaine.

