Plus de 80 % des femmes ressentent les symptômes de la ménopause, mais le monde du travail les ignore
Les symptômes de la ménopause peuvent affecter les conditions de travail et freiner la carrière des femmes, faute d’une prise en compte suffisante par les employeurs. Roman Samborskyi/Shutterstock L’ESSENTIEL Plus de 80 % des femmes connaissent des symptômes de la ménopause, qui peuvent perturber leur vie professionnelle.
Plus de 80 % des femmes ressentent des symptômes liés à la ménopause, une étape naturelle de la vie marquant l’arrêt des règles en raison de la fin de l’activité ovarienne. Cette transition, appelée périménopause, peut durer de deux à huit ans et précède la ménopause. Les symptômes varient selon les femmes : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, insomnies, douleurs articulaires, sautes d’humeur, irritabilité, anxiété, troubles cognitifs ou fatigue. Environ un tiers des femmes souffrent de symptômes sévères, qui peuvent durer plusieurs années et perturber leur vie quotidienne, notamment professionnelle. Pourtant, cette réalité reste largement ignorée par les employeurs, les politiques publiques et la recherche, qui la considèrent souvent comme une question individuelle plutôt que collective.
Les symptômes de la ménopause peuvent freiner les carrières des femmes, poussant certaines à réduire leur temps de travail, à changer de poste ou à quitter leur emploi. Dans les pays du G7, les femmes en âge d’être ménopausées représentent 11 % de l’ensemble des travailleurs. Une étude de 2021 révèle qu’au Royaume-Uni, près d’un million de femmes ont quitté leur emploi en raison de ces symptômes. Cette période coïncide souvent avec l’apogée de leur carrière, au moment où elles pourraient accéder à des postes de direction. Certains chercheurs qualifient ces départs massifs de « second plafond de verre », en référence au plafond de verre qui limite l’accès des femmes aux postes à haute responsabilité. En Europe, l’écart entre les taux d’emploi des femmes et des hommes se creuse avec l’âge, en partie à cause de ces symptômes.
Les conditions de travail actuelles aggravent souvent les symptômes de la ménopause. Une mauvaise ventilation, des températures élevées, des uniformes en matières synthétiques, un accès insuffisant à l’eau fraîche, des horaires rigides, le travail posté et une autonomie limitée accentuent l’inconfort des femmes. Ces facteurs créent un cercle vicieux : les symptômes s’aggravent, le travail devient plus difficile, le stress augmente, ce qui accentue encore les symptômes. Ce phénomène pousse de nombreuses femmes à réduire leur temps de travail, à changer d’emploi ou à prendre une retraite anticipée. Il s’agit d’un problème structurel, et non d’une défaillance individuelle.
La prise de conscience de l’impact de la ménopause sur le travail progresse lentement. Certains gouvernements ont lancé des initiatives : au Royaume-Uni, le Parlement a mené des enquêtes sur les discriminations liées à la ménopause en 2019 et 2021. En Islande, une association dédiée à la ménopause a été créée dès 2013 et figure sur le site officiel du gouvernement. En Irlande, la question est intégrée dans les politiques publiques, tandis qu’en France, elle a récemment bénéficié d’une attention médiatique nationale. Cependant, la Commission européenne souligne qu’il n’existe aucune collecte de données à l’échelle de l’Union européenne sur cette question, et que les recherches restent fragmentaires.
Pour mieux accompagner les femmes en ménopause, les entreprises pourraient intégrer cette période dans l’évaluation des risques professionnels. Cela implique d’adapter la température et la ventilation des locaux, de fournir des tenues de travail respirantes, de permettre des aménagements d’horaires et de former les responsables hiérarchiques. Une culture d’entreprise ouverte, où parler de la ménopause ne soit pas tabou, est également essentielle. Ces mesures, simples et peu coûteuses, nécessitent une volonté d’agir. Elles permettraient de conserver des collaboratrices expérimentées et de préserver des compétences précieuses, tout en garantissant l’égalité et la dignité des femmes au travail.
La ménopause ne doit plus être considérée comme une affaire privée, mais comme un enjeu structurel, surtout dans un contexte où les carrières s’allongent et où la population vieillit. Les femmes ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur carrière. Les entreprises ont tout à y gagner : en accompagnant les salariées pendant la ménopause, elles préservent des talents et des compétences. Il est temps de briser le silence et d’évoluer vers un monde du travail plus inclusif, où les réalités vécues par la moitié de la population active sont prises en compte. L’objectif n’est pas seulement de protéger la santé des femmes, mais aussi de garantir l’égalité et la justice dans le monde professionnel.

