Des archéologues anglais viennent-ils de tomber sur un véritable massacre dans une villa romaine?
Les ossements trouvés dans la villa romaine de Brading ont fait l'objet d'une nouvelle analyse. Les résultats soutiennent l'hypothèse d'un massacre suite à une révolte contre l'empereur Constance II..
En 1880, lors de la première fouille de la villa romaine de Brading, située sur l’île de Wight au sud de la Grande-Bretagne, des archéologues ont mis au jour des ossements humains dispersés parmi les vestiges luxueux de la demeure. Ces restes, dont ceux de quatre adultes et d’un bébé, ainsi que le squelette d’un adolescent retrouvé au fond d’un puits, ont immédiatement intrigué les chercheurs. Les mosaïques représentant des figures mythologiques comme Bacchus ou Méduse, typiques des villas romaines aisées, contrastaient avec cette découverte macabre. Les ossements présentaient des traces de coupures, suggérant une fin violente pour leurs propriétaires. Cette première hypothèse d’une attaque de pirates a ensuite été abandonnée faute de preuves tangibles.
Pour déterminer l’époque des décès, les archéologues ont utilisé une technique appelée datation au radiocarbone, qui mesure l’âge de la matière organique comme les os. Les résultats ont révélé que ces morts sont survenues entre les années 240 et 400 de notre ère, une période correspondant à l’occupation romaine de la Grande-Bretagne. Cette fourchette large a ensuite été affinée grâce à l’étude des monnaies retrouvées sur place. Aucune des quatre-vingt-dix pièces de monnaie exhumées ne date des années 330 à 348 après J.-C., une anomalie qui a conduit les chercheurs à suspecter un événement violent survenu précisément à cette époque.
En 350 après J.-C., l’empereur Constance II a mené une campagne de répression contre les partisans de Magnence, un usurpateur qui s’était emparé du pouvoir dans une partie de l’Empire romain. Cette répression s’est traduite par des exécutions, de la torture et des confiscations de biens. Michael Fulford, professeur d’archéologie à l’université de Reading et auteur principal de l’étude, suggère que le propriétaire de la villa de Brading aurait pu être accusé de complicité avec Magnence. Cette hypothèse expliquerait pourquoi la villa a connu une réorganisation complète de sa gestion, passant sous le contrôle d’un bailli, un administrateur local nommé par Rome pour superviser les domaines impériaux.
Les marques de coupures observées sur plusieurs ossements indiquent que les victimes ont subi des violences physiques avant leur mort. L’étude publiée en juillet dans la revue *Britannia* évoque un *événement potentiellement meurtrier* survenu entre 340 et 350 après J.-C., qui aurait mis fin brutalement à la vie de la villa. Les chercheurs estiment que le propriétaire, soupçonné de soutenir Magnence, aurait été tué ou dépossédé de ses biens. Cette théorie s’appuie sur l’absence de pièces de monnaie datées entre 330 et 348, une période correspondant aux troubles politiques et aux représailles qui ont suivi la chute de Magnence. La villa, symbole de prospérité, aurait ainsi été le théâtre d’un épisode sanglant lié à la lutte pour le pouvoir au sein de l’Empire romain.

