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Des acteurs russes et américains tentent d’influencer le référendum albertain

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 13 j

Selon des chercheurs, 80 % des tentatives d’influence et de désinformation en ligne viennent d’acteurs russes..

Réseaux de désinformation

Des chercheurs canadiens ont identifié environ 300 contenus de désinformation ou de tentatives d’influence étrangère visant le référendum albertain sur la séparation de la province, entre juillet et août 2026. Parmi ces contenus, 80% proviennent d’acteurs russes, principalement via le réseau Pravda, une source connue pour diffuser de la désinformation en Occident. Le réseau Global Research, une plateforme canadienne, est également mentionné pour relayer des récits propagandistes russes. Ces contenus se présentent souvent comme de l’information légitime, mais visent à semer la division en exploitant des griefs réels, comme la méfiance envers les médias ou les institutions. Par exemple, certains messages russes accusent Ottawa de manipuler le référendum ou de censurer les opposants. Les méthodes russes sont dites clandestines, car elles reposent sur des comptes et des sites difficiles à tracer, contrairement à l’influence américaine qui s’affiche plus ouvertement.

Influence américaine ouverte

L’influence américaine sur le débat albertain est plus directe et visible, portée par des figures de la mouvance MAGA (acronyme de Make America Great Again, un mouvement politique américain). Ces influenceurs, comme Alex Jones, diffusent publiquement des récits prônant la séparation de l’Alberta, en s’appuyant sur des fausses informations. Par exemple, une rumeur largement relayée affirmait que les autorités canadiennes internaient des citoyens pour leurs opinions politiques ou organisaient des décès forcés via l’aide médicale à mourir (AMM). Cette affirmation, totalement infondée, a été démentie par des experts. Les thèmes américains les plus répandus incluent aussi l’idée que l’Alberta pourrait devenir un État américain, un récit présent dans 25% des articles recensés. Contrairement aux Russes, les Américains agissent sans se cacher, en profitant de leur audience sur les réseaux sociaux.

Méthodes de propagation

Les contenus de désinformation, qu’ils viennent de Russie ou des États-Unis, sont souvent réinjectés dans des communautés en ligne albertaines par des utilisateurs locaux, créant un phénomène de blanchiment de la désinformation. Cela signifie que des citoyens ordinaires partagent ces messages, leur donnant une apparence de légitimité. Par exemple, des chaînes YouTube ou des groupes Facebook albertains relaient des récits comme celui de la corruption des médias ou de la censure d’État, sans toujours vérifier leur origine. Les chercheurs soulignent que ces méthodes exploitent la rapidité de propagation des réseaux sociaux, où une fausse information peut devenir virale en quelques heures. Malgré cela, 83% des Albertains rejetteraient ces contenus, selon les estimations des experts, mais leur impact reste difficile à mesurer précisément.

Impact difficile à quantifier

Mesurer l’impact réel de ces tentatives d’influence est complexe, car les réseaux comme Pravda génèrent des millions d’articles par an, rendant difficile l’évaluation de la portée des quelques dizaines de contenus ciblant spécifiquement l’Alberta. Les chercheurs utilisent des outils comme CIPHER, une plateforme d’intelligence artificielle développée par l’Université de Regina, pour traquer ces récits. Initialement conçue pour surveiller la désinformation lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle a été adaptée pour analyser les contenus albertains. Les données collectées entre le 17 juillet et le 12 août 2026 montrent une augmentation des récits minant la confiance envers les institutions, mais leur influence concrète sur les Albertains reste incertaine. Les experts reconnaissent que ces tentatives visent davantage à semer le doute qu’à convaincre directement.

Risques pour la sécurité

L’ingérence étrangère dans le référendum albertain est considérée comme une menace sérieuse pour la sécurité nationale par des experts comme Patrick Lennox, consultant en sécurité et ancien directeur du renseignement à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Selon lui, l’Alberta n’est pas préparée à faire face à ce type de menace, faute de structures dédiées comme une équipe de renseignement ou de sécurité. Bien que le gouvernement albertain affirme collaborer avec Ottawa pour repérer et traiter les ingérences, Lennox souligne que le processus de transmission des alertes au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) manque de moyens locaux. Il existe un plan fédéral, mais aucun à l’échelle provinciale, ce qui rend la réponse aléatoire. Cette situation expose l’Alberta à des risques accrus, notamment en période de référendum où les tensions politiques sont déjà élevées.

Ce que ça pourrait changer

Le gouvernement de l’Alberta affirme travailler en étroite collaboration avec ses partenaires fédéraux pour détecter et contrer toute tentative d’ingérence étrangère. Dans une déclaration écrite, il précise que les préoccupations crédibles seront transmises au *SCRS* pour évaluation. Cependant, *Patrick Lennox* met en doute l’efficacité de ce processus, soulignant qu’il repose sur une transmission des alertes sans garantie de rapidité ou de suivi. Les chercheurs et experts insistent sur la nécessité de renforcer les capacités locales, notamment en matière de surveillance et d’analyse des menaces. Pour l’instant, la province dépend largement des outils fédéraux, comme la plateforme *CIPHER*, pour identifier les récits de désinformation. Cette dépendance illustre les limites actuelles de la réponse albertaine face à un phénomène en pleine expansion.

Sujets complémentaires

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