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Droit

[Semaine de la médiation 2026] Être Avocat-médiateur change le regard porté sur le conflit.

Village Justice · mis à jour il y a 4 j

Dans le cadre de la semaine de la médiation qui se déroule du 10 au 18 octobre 2026, la Rédaction du Village de la Justice donne la parole à Célia Danielian, médiatrice-avocate pour qu'elle décrive son métier en 5 points clefs. Une fiche métier revisitée pour comprendre ce qui fait le cœur des journées des professionnels du droit, et aider ceux qui en ont besoin dans leur orientation ou tout simplement dans la compréhension de leur écosystème.

Conflit : droit vs besoins

En tant qu’avocate, l’auteure est formée pour identifier les responsabilités juridiques et construire des arguments basés sur le droit. Cependant, dans un conflit, avoir juridiquement raison (8814 caractères de l'article) ne garantit pas toujours la satisfaction des besoins réels des parties ni l’exécution d’une décision favorable. La médiation propose une approche différente : au lieu de se demander qui a raison, elle interroge que peut-on construire ensemble. Le droit n’est pas écarté, mais il devient un repère ou un levier de négociation, tandis que l’accent est mis sur la compréhension des blocages, des émotions et des intérêts sous-jacents. Par exemple, un conflit peut servir à maintenir un lien, ce qui doit être pris en compte pour avancer. La médiation permet d’explorer ces dimensions profondes et de trouver des solutions adaptées aux besoins réels des médiés.

Écoute active essentielle

L’écoute active est une compétence centrale en médiation, mais elle nécessite un apprentissage constant. Elle implique d’écouter non seulement les mots, mais aussi les émotions et les signaux non verbaux, sans chercher à imposer une solution ou à convaincre. Une posture clé est de ne pas avoir de projet pour les médiés : leur engagement et l’issue du processus leur appartiennent. Par exemple, un conflit peut être une manière de préserver un lien, et cette motivation doit être entendue et respectée. L’auteure souligne que la co-médiation (pratiquée quasi systématiquement) renforce cette vigilance et améliore la qualité de l’écoute. Cette approche diffère de celle de l’avocat, qui défend généralement un point de vue, et illustre le changement de posture nécessaire en médiation.

Triangle de Karpman

Le triangle de Karpman est un outil théorique qui décrit trois rôles relationnels souvent présents dans les conflits : la victime (qui se perçoit comme impuissante), le persécuteur (qui domine) et le sauveur (qui cherche à aider, souvent de manière intrusive). Ces rôles peuvent s’alimenter mutuellement et créer un triangle dramatique. L’auteure explique que les avocats risquent facilement de tomber dans le rôle de sauveur, par exemple en cherchant à apaiser ou à résoudre le conflit à la place des parties. Le médiateur doit éviter de s’engager dans ce système pour préserver sa neutralité. Cet outil sert de vigilance pour repérer ces dynamiques et adapter sa posture. L’auteure suggère même que ce concept devrait être enseigné dans les écoles d’avocats, tant il éclaire les interactions conflictuelles.

Analyse de pratique

L’analyse de pratique est une démarche essentielle pour les médiateurs, mais aussi pour les avocats selon l’auteure. Elle consiste à revenir sur une médiation après coup pour examiner ses réactions, ses interventions, ses biais et ses émotions. Par exemple, un médiateur peut être touché ou agacé par un médié, ce qui influence son travail. Cette analyse permet de transformer ces expériences en apprentissages plutôt qu’en sources de répétition inconsciente. Elle favorise aussi l’acceptation des erreurs et leur transformation en forces. L’auteure insiste sur son caractère déontologique et professionnalisant, et suggère que cette pratique devrait être généralisée chez les avocats pour améliorer leur réflexivité.

Médiation : un processus

La médiation est définie par l’article 1530 du Code de Procédure Civile (France) comme un processus structuré où plusieurs personnes tentent, avec l’aide d’un tiers, de parvenir à un accord pour résoudre leur différend. Contrairement à une réunion classique, ce processus implique des étapes, des mouvements et parfois des retours en arrière. Le médiateur ne conduit pas les parties vers une solution prédéterminée, mais les accompagne dans l’émergence d’une solution qui leur convient. Par exemple, la roue de Fuitak est un outil théorisé par Thomas Fuitak qui illustre cette approche cyclique. L’auteure souligne que cette posture est difficile pour un professionnel du droit habitué à rechercher des solutions juridiques, car elle place les médiés au centre du processus.

Ce que ça pourrait changer

L’auteure exerce deux métiers : avocate et médiatrice. En tant qu’avocate, elle défend les intérêts de son client et construit des stratégies juridiques, tout en gardant une ouverture sur le point de vue de l’autre partie. En tant que médiatrice, elle change de posture : elle n’est plus « pour » ou « contre » une partie, mais au service du processus et des médiés, qui deviennent des *acteurs* plutôt que des *parties*. Elle ne donne aucun conseil juridique et peut intervenir dans des domaines variés (conflits entre associés, entreprises, copropriétaires, etc.). Cette double pratique change son regard sur les conflits et enrichit sa réflexion professionnelle. Par exemple, elle utilise le *questionnement naïf* (interroger sans présupposer la réponse) pour faciliter le dialogue.

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