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Géopolitique

Notre maison brûle, et les pétroliers forent ailleurs

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

Les canicules s’enchaînent. La science a établi la responsabilité des émissions liées aux énergies fossiles dans la crise climatique.

Canicules records en Europe

L’hémisphère Nord, et notamment l’Europe, subit depuis plusieurs semaines des vagues de chaleur exceptionnelles. Ces épisodes de canicule, de plus en plus fréquents et intenses, battent des records de température jour après jour. Par exemple, une étude publiée le 26 juin 2023 révèle que la vague de chaleur la plus intense et la plus étendue jamais enregistrée en Europe n’aurait pas pu se produire sans le dérèglement climatique d’origine humaine. Les conséquences de ces températures extrêmes sont dramatiques : des enfants meurent piégés dans des voitures surchauffées, les hôpitaux accueillent un afflux de victimes de crises cardiaques, et les pompiers luttent contre des feux de forêt de plus en plus dévastateurs. Ces événements illustrent l’urgence d’agir face au réchauffement climatique, dont les effets se manifestent désormais de manière visible et immédiate.

Responsabilité des énergies fossiles

L’industrie des énergies fossiles, composée principalement du pétrole, du gaz et du charbon, est l’une des principales responsables du dérèglement climatique actuel. En brûlant ces combustibles, elle libère des gaz à effet de serre (GES) qui piègent la chaleur dans l’atmosphère, provoquant une augmentation des températures mondiales. Pourtant, malgré les alertes scientifiques répétées, cette industrie continue de prospérer. Elle bénéficie de subventions publiques généreuses, estimées à des milliards d’euros chaque année, qui maintiennent artificiellement bas le coût de ces énergies et encouragent leur exploitation. Sans une réforme de ces aides, les compagnies pétrolières et gazières continueront à privilégier leurs intérêts financiers au détriment de la planète. Les dernières données montrent que ces subventions s’élèvent à environ 7 000 milliards de dollars (7 000 milliards USD) par an à l’échelle mondiale, selon des rapports récents.

Consensus scientifique incontestable

La communauté scientifique internationale est unanime : le lien entre l’utilisation des énergies fossiles et le réchauffement climatique est désormais établi. Les études d’attribution, comme celle publiée le 26 juin 2023, démontrent que les vagues de chaleur extrêmes observées en Europe n’auraient pas pu se produire sans l’influence humaine sur le climat. Ces travaux s’appuient sur des modèles climatiques et des données historiques pour établir des corrélations entre les émissions de GES et les phénomènes météorologiques violents. Malgré ce consensus, les compagnies pétrolières et gazières persistent à nier ou à minimiser leur rôle, tout en continuant à investir massivement dans l’extraction de ces ressources. Les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), comme celui publié en 2022, confirment que les émissions doivent être réduites de manière drastique pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, un objectif désormais hors de portée sans actions immédiates.

Taxes exceptionnelles nécessaires

Face à l’urgence climatique et à la responsabilité des énergies fossiles, plusieurs experts et organisations appellent à la mise en place de taxes exceptionnelles ciblant les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières. Ces taxes permettraient de financer la transition énergétique et de compenser les dégâts causés par ces industries. Par exemple, une taxe de 100 % sur les profits exceptionnels des pétroliers pourrait générer des centaines de milliards d’euros par an, selon des estimations. Aujourd’hui, ces entreprises bénéficient de subventions publiques tout en réalisant des profits records, comme en témoignent les résultats financiers de 2022, où les cinq plus grandes compagnies pétrolières ont enregistré ensemble plus de 200 milliards de dollars de bénéfices. Sans une telle mesure, les États continueront à subventionner indirectement ces industries polluantes, malgré les engagements pris lors d’accords internationaux comme l’Accord de Paris en 2015.

Ce que ça pourrait changer

La question des énergies fossiles dépasse le cadre environnemental pour s’inscrire dans une dimension géopolitique et économique complexe. Par exemple, certains pays d’Asie centrale, comme le Kazakhstan, voient leur économie dépendre fortement de l’exportation de pétrole et de gaz. Une transition vers des énergies propres pourrait fragiliser ces États, d’où la nécessité de trouver un équilibre entre la lutte contre le réchauffement climatique et la stabilité économique. De plus, les compagnies pétrolières opèrent souvent dans des pays où les réglementations environnementales sont faibles, ce qui leur permet de poursuivre leurs activités avec peu de contraintes. En Europe, malgré les discours en faveur de la transition énergétique, les subventions aux énergies fossiles restent élevées, comme le montre une étude récente estimant ces aides à 50 milliards d’euros par an dans l’Union européenne. Ces contradictions illustrent les défis politiques et économiques liés à la sortie des énergies fossiles.

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