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Retour sur le pic d’inflation de 2022 résolu en seulement deux ans. Un héritage des leçons de 1973 ?

The Conversation France · mis à jour il y a 4 j

En 2022, la France connaît un pic d’inflation suite à la guerre en Ukraine. Cinquante ans après le choc pétrolier, la crise est similaire, mais les réponses sont radicalement différentes.

Deux chocs pétroliers

En 1973, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) impose un embargo contre les pays occidentaux, faisant quadrupler le prix du baril de pétrole, passant de 3 à 12 dollars américains en quelques mois. La France, qui importait alors 76% de son énergie, subit un choc brutal, aggravé par la fin du système monétaire de Bretton Woods en 1971. En 2022, l'invasion de l'Ukraine par la Russie provoque une flambée des prix du gaz, rappelant la crise de 1973. Ces deux chocs ont en commun leur origine géopolitique et leur impact sur les coûts de l'énergie, essentiels pour l'économie française. Cependant, les réponses apportées par les autorités diffèrent radicalement entre ces deux périodes.

Mécanismes de propagation

La hausse des prix de l'énergie se diffuse dans l'économie par trois canaux principaux. D'abord, les coûts de production augmentent dans les secteurs énergivores comme la sidérurgie ou les transports, qui répercutent ces surcoûts sur leurs prix. Ensuite, les salaires suivent automatiquement les prix grâce aux clauses d'indexation des conventions collectives françaises de l'époque, créant une spirale prix-salaires. Enfin, les anticipations des ménages et des entreprises jouent un rôle clé : chacun anticipe une inflation durable et ajuste ses comportements en conséquence, ce qui alimente encore davantage la hausse des prix. Ces mécanismes transforment un choc initial en une inflation généralisée et autoentretenue.

Stagflation et dilemme

Les années 1970 voient coexister une inflation élevée et un chômage croissant, une situation appelée stagflation. Cette combinaison inédite contredit la théorie économique de l'époque, illustrée par la courbe de Phillips, qui établissait une relation inverse entre inflation et chômage. Face à un choc sur les coûts de production, les gouvernements se retrouvent face à un dilemme : relancer l'économie par la dépense publique risque d'aggraver l'inflation, tandis que freiner l'inflation en réduisant les dépenses publiques risque d'aggraver le chômage. Les outils traditionnels de politique économique, conçus pour gérer des chocs de demande, se révèlent inefficaces face à un choc d'offre.

Tournant de 1983

En mars 1983, la France engage un virage majeur avec le « tournant de la rigueur ». Le gouvernement met fin à l'indexation automatique des salaires, ancré le franc au deutschemark et réduit les déficits publics. L'objectif est de briser les anticipations inflationnistes en s'engageant à stabiliser les prix, quelles qu'en soient les conséquences économiques. Ce choix a un coût social élevé : l'inflation recule de 13,6% à 5,8% entre 1980 et 1985, mais le chômage passe de 6,3% à 9,8%. Ce tournant marque la naissance de l'architecture monétaire européenne, préfigurant le Système monétaire européen et la future Banque centrale européenne (BCE).

Réponse rapide en 2022

En 2022, la BCE, héritière des choix de 1983, réagit rapidement au choc inflationniste en relevant ses taux d'intérêt de 0% à 4% en dix-huit mois. Contrairement à 1973, où les taux d'intérêt restaient inférieurs à l'inflation, cette hausse permet de lutter efficacement contre la hausse des prix. L'inflation française, après un pic à 7,3% en février 2023, revient sous 2,5% dès 2024, sans que les salaires n'emballent la dynamique inflationniste. Cette réponse rapide et crédible contraste avec la décennie nécessaire pour maîtriser l'inflation dans les années 1970. Les économistes Ben Bernanke et Olivier Blanchard soulignent que cette différence tient à la qualité des institutions monétaires et à leur capacité à agir de manière décisive.

Ce que ça pourrait changer

Le premier choc pétrolier a montré qu'une inflation peut s'autoentretenir pendant une décennie et que sa maîtrise exige un coût social élevé : neuf ans d'inflation supérieure à 9% et un chômage passé de 2,6% à près de 10%. La mémoire de cette crise a façonné les réponses apportées en 2022. Cependant, les défis futurs pourraient être différents. La transition énergétique, la fragmentation des chaînes d'approvisionnement mondiales, le vieillissement démographique et les dettes publiques élevées pourraient rendre les chocs d'offre plus fréquents et plus difficiles à absorber. Cinquante ans après l'embargo de l'OPEP, la question n'est plus de savoir si les années 1970 reviendront à l'identique, mais si les institutions construites depuis 1983 resteront efficaces face à des chocs d'offre plus nombreux et de nature différente.

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