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Culture

La médaille de l’imposture

France Culture - Savoirs · mis à jour 3 juil.

En juin 2016, Florent Montaclair, professeur franc-comtois, reçoit la « médaille d’or de philologie », l’équivalent de la médaille Fields en mathématiques. Des années après, alors qu'il doit intervenir lors d’une conférence sur les fake news dans son université, sa décoration est remise en cause..

Une fausse distinction prestigieuse

En juin 2016, Florent Montaclair, professeur de lettres en Franche-Comté, reçoit une médaille d’or de philologie lors d’une cérémonie à l’Assemblée nationale, décernée par ce qu’il présente comme la Société internationale de philologie. Cette distinction est présentée comme l’équivalent du prix Nobel pour la philologie, une discipline qui étudie l’évolution des langues à travers leurs usages dans les textes, à la croisée de la littérature et de l’histoire. Pourtant, cette médaille et cette société n’existent pas en réalité. L’événement est couvert par des médias locaux, renforçant la crédibilité de la supercherie. Florent Montaclair, alors inconnu, se présente comme le premier Français à recevoir cette distinction, ce qui attire l’attention des médias et des institutions universitaires.

Un réseau de faux sites web

Pour donner une apparence de légitimité à sa fausse médaille, Florent Montaclair crée plusieurs sites internet prétendant représenter des institutions académiques ou scientifiques. Il invente notamment une université de Lewes et une Société internationale de philologie, toutes deux localisées dans le Delaware (États-Unis). Une journaliste roumaine, Andra Matzal, découvre que ces adresses correspondent en réalité à des commerces situés dans une zone industrielle, et non à des établissements universitaires. Malgré ces incohérences, Florent Montaclair parvient à convaincre des collègues et des médias de la validité de sa distinction, en s’appuyant sur des documents et des sites web qu’il a lui-même créés.

Une supercherie qui s’étend

L’affaire prend une nouvelle dimension en 2017, lorsque Florent Montaclair propose à Noam Chomsky, une figure majeure de la linguistique, de recevoir la même médaille. Il organise une cérémonie pour le décorer, renforçant ainsi la crédibilité de son invention. Parallèlement, il se présente comme le vice-président de la Société internationale de philologie et tente de convaincre des institutions étrangères, comme l’Académie roumaine, de participer à ses projets. En 2022, il devient même directeur adjoint de son INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation) en Franche-Comté, tout en obtenant l’agrégation de lettres modernes sans passer le concours, grâce à une procédure administrative opaque appelée liste d’aptitude.

L’effondrement de la supercherie

En avril 2025, Barbara Romagnan, une ancienne collègue de Florent Montaclair, est invitée à organiser une conférence sur les fake news à laquelle il doit participer. En préparant l’événement, elle découvre la supercherie et alerte la direction de l’université. Un courrier est envoyé au président de l’INSEP (Institut National Supérieur de l’Éducation et de la Formation), qui interdit à Florent Montaclair d’exercer toute fonction au sein de l’établissement. Le procureur de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, reprend l’enquête et découvre que la médaille provient d’une société de joaillerie parisienne, où n’importe qui peut commander un trophée ou une médaille personnalisée. Une perquisition est menée à son domicile, confirmant l’absence de toute institution académique derrière son invention.

Les aveux et les conséquences

Lors de sa garde à vue, Florent Montaclair avoue avoir créé lui-même les sites internet de la Société internationale de philologie et de l’université de Lewes, ainsi que les documents officiels associés. Il explique avoir agi pour donner une visibilité à ces institutions fictives, sans intention malveillante initiale. Sur le plan administratif, le ministère pourrait annuler son agrégation ou lui demander de rembourser le trop-perçu sur son salaire. Cependant, sur le plan pénal, il ne risque pas de poursuites, car une escroquerie intellectuelle ne constitue pas une infraction pénale. Florent Montaclair quitte ses fonctions à l’université mais continue d’enseigner. Ses motivations restent floues, bien que des hypothèses évoquent un mélange de jeu, de créativité et de recherche de reconnaissance.

Ce que ça pourrait changer

Les réactions des personnes impliquées varient. Sylvie Guyon, une collègue, suggère que Florent Montaclair a pu tester la capacité des institutions à croire en une distinction inventée. Barbara Romagnan émet l’hypothèse qu’il s’agissait d’un jeu ou d’une expérience sociale. Pour le procureur Paul-Édouard Lallois, Florent Montaclair s’est piégé lui-même en voulant faire adhérer un large public à sa supercherie, initialement peut-être avec un objectif louable. L’affaire soulève des questions sur la crédulité des institutions et des médias, ainsi que sur les limites entre créativité et tromperie dans le milieu universitaire.

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