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Entre 1980 et 1987, le Maroc a érigé dans le désert le plus long ouvrage défensif depuis la Grande Muraille de Chine - depuis le Sahara occidental est coupé en deux

Science & Vie · mis à jour il y a 5 j

Depuis l'Antiquité, les empires dressent des murs contre leurs voisins. Au Sahara occidental, l'obstacle n'est pas de pierre mais de sable, monté en plein désert.

Un mur dans le désert

Entre 1980 et 1987, le Maroc a construit un ouvrage défensif de 2 720 kilomètres de long dans le désert du Sahara occidental, un territoire disputé. Ce mur, souvent appelé berm ou mur de défense, est le plus long ouvrage de ce type érigé depuis la Grande Muraille de Chine. Il s’étend sur une zone aride et inhabitée, principalement pour des raisons militaires et politiques. Le berm est une structure de sable, de pierres et de béton, renforcée par des fossés, des champs de mines et des postes militaires. Son objectif principal était de protéger le territoire contrôlé par le Maroc contre les attaques du Front Polisario, un mouvement indépendantiste du Sahara occidental, soutenu par l’Algérie. Ce conflit, connu sous le nom de guerre du Sahara occidental, a débuté dans les années 1970 après le retrait de l’Espagne, ancienne puissance coloniale. Le mur a permis au Maroc de consolider son contrôle sur une grande partie du territoire, tout en isolant les zones tenues par le Polisario.

Un territoire divisé

La construction de ce mur a divisé le Sahara occidental en deux parties distinctes : une zone contrôlée par le Maroc, où vivent environ 80 % de la population locale, et une zone sous l’autorité du Front Polisario, soutenue par l’Algérie. Cette division a eu des conséquences humaines et politiques majeures. Environ 170 000 Sahraouis vivent dans des camps de réfugiés près de Tindouf, en Algérie, depuis les années 1970. Le mur a également créé une zone tampon de 5 kilomètres de large, interdite d’accès, où les mines terrestres et les patrouilles militaires rendent toute traversée dangereuse. Cette séparation a figé le conflit dans une impasse, empêchant toute solution politique durable. Les négociations internationales, menées sous l’égide de l’ONU, peinent à aboutir en raison de cette division physique et symbolique du territoire.

Un coût et une logistique colossaux

La construction du mur a représenté un défi logistique et financier majeur pour le Maroc. Les coûts exacts ne sont pas précisés dans les sources disponibles, mais on estime que des milliards d’euros ont été investis pour ériger cette structure sur plusieurs années. Le projet a mobilisé des milliers de soldats, d’ingénieurs et de travailleurs locaux, ainsi que des matériaux de construction adaptés au désert. Le mur est équipé de systèmes de surveillance modernes, incluant des radars, des drones et des capteurs de mouvement, pour détecter toute intrusion. Des routes stratégiques ont été aménagées en parallèle pour faciliter les déplacements des troupes et le ravitaillement. Ce dispositif a permis au Maroc de maintenir une présence militaire constante dans une région hostile, tout en limitant les infiltrations du Polisario.

Un symbole de la guerre froide

Le conflit du Sahara occidental s’inscrit dans le contexte plus large de la guerre froide africaine, où le Maroc, allié des États-Unis et de la France, s’opposait à l’Algérie, soutenue par l’URSS et Cuba. Le mur est devenu un symbole de cette division idéologique et géopolitique. Le Maroc a justifié sa construction par la nécessité de protéger ses frontières et de lutter contre le terrorisme, tandis que le Polisario et ses alliés dénonçaient une occupation illégale du territoire. Ce mur illustre aussi la stratégie marocaine de marche verte, une politique de peuplement et de développement économique dans le Sahara occidental, visant à renforcer sa souveraineté. Aujourd’hui, le mur reste un sujet de tension internationale, notamment en raison de son impact sur les populations locales et de son rôle dans l’enlisement du conflit.

Ce que ça pourrait changer

Plus de 35 ans après sa construction, le mur du Sahara occidental reste un sujet de controverse. Pour le Maroc, il symbolise la stabilité et la sécurité dans une région instable, tandis que pour le Polisario et ses partisans, il incarne une occupation illégale et une violation des droits humains. Les Nations unies ont tenté à plusieurs reprises de relancer le processus de paix, notamment via le plan de paix de 1991, qui prévoyait un référendum d’autodétermination. Cependant, les désaccords persistent, notamment sur l’identification des électeurs et le statut du territoire. Le mur, avec ses 2 720 kilomètres, est devenu un obstacle physique et politique à toute solution pacifique. Son démantèlement, s’il advenait, nécessiterait des négociations complexes et un compromis entre les parties en conflit.

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