On pensait que ces traces étaient naturelles depuis près d'un siècle - une étude suggère qu'il pourrait s'agir du plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne, peint il y a 17 100 ans
Onze lignes rouges tracées il y a 17 100 ans sur une paroi de grotte galloise viennent d'être confirmées comme le plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne — et du nord-ouest de l'Europe..
Des chercheurs britanniques ont réévalué des traces rupestres (des dessins ou gravures réalisées sur des parois rocheuses) découvertes il y a près d'un siècle dans une grotte du sud de l'Angleterre, près de la ville de Creswell Crags. Depuis leur découverte, ces marques étaient considérées comme des formations naturelles, comme des fissures ou des dépôts minéraux. Cependant, une étude récente suggère qu'elles pourraient en réalité être les plus anciennes œuvres d'art rupestre de Grande-Bretagne, datant d'environ 17 100 ans. Cette grotte, située à la frontière entre l'Angleterre et le Nottinghamshire, est déjà connue pour abriter des œuvres d'art plus récentes, mais cette découverte pourrait bouleverser l'histoire de l'art préhistorique britannique.
Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont utilisé des techniques d'analyse avancées, comme la datation par luminescence stimulée optiquement (OSL). Cette méthode permet de déterminer l'âge des sédiments ou des minéraux en mesurant l'énergie accumulée par les cristaux de quartz ou de feldspath sous l'effet de la radioactivité naturelle. Contrairement à la datation au carbone 14, qui est utilisée pour les matières organiques, l'OSL est adaptée aux objets inorganiques comme les roches. Les chercheurs ont également étudié la composition chimique des pigments utilisés, confirmant la présence de traces de charbon de bois, un matériau souvent associé aux peintures rupestres préhistoriques.
Si cette découverte est confirmée, elle placerait ces œuvres d'art parmi les plus anciennes d'Europe, contemporaines de la période du Paléolithique supérieur (entre 50 000 et 10 000 ans avant notre ère). À cette époque, les humains modernes (Homo sapiens) vivaient en Europe et réalisaient des peintures rupestres dans des grottes comme celles de Lascaux en France ou d'Altamira en Espagne. La Grande-Bretagne, alors reliée au continent européen par une plaine appelée Doggerland, était habitée par des groupes de chasseurs-cueilleurs. Ces nouvelles traces pourraient offrir un éclairage inédit sur les pratiques artistiques et culturelles de ces populations.
Cette découverte remet en question l'idée que l'art rupestre était rare ou absent en Grande-Bretagne à cette période. Elle suggère que les populations locales avaient des traditions artistiques comparables à celles observées en Europe continentale. Les chercheurs soulignent également l'importance de réévaluer les sites rupestres déjà identifiés, car de nombreuses traces pourraient avoir été mal interprétées. Cette étude ouvre la voie à de nouvelles recherches sur l'art préhistorique en Grande-Bretagne et en Europe du Nord, où les preuves d'expression artistique sont moins nombreuses qu'en France ou en Espagne.
Pour valider définitivement cette hypothèse, les scientifiques prévoient d'effectuer des analyses supplémentaires, notamment des études géochimiques et des modélisations 3D des traces. Ils espèrent également découvrir d'autres sites similaires dans la région, afin de mieux comprendre l'étendue et la diversité de l'art rupestre britannique. Cette recherche pourrait être menée en collaboration avec des institutions locales, comme le *Creswell Heritage Trust*, qui gère le site de Creswell Crags. Si ces travaux confirment l'origine humaine des traces, cela représenterait une avancée majeure pour l'archéologie britannique.

