Marine Le Pen peut-elle encore perdre l’élection présidentielle ?
Cinq mécanismes peuvent empêcher le Rassemblement national de gagner en 2027. L’article Marine Le Pen peut-elle encore perdre l’élection présidentielle ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Pour la première fois depuis ses candidatures, Marine Le Pen est donnée gagnante dans les sondages pour les deux tours de l'élection présidentielle de 2027. Selon une enquête de Cluster 17 réalisée fin juillet 2026 auprès de 1 506 personnes représentatives, elle obtient environ 30 % des intentions de vote au premier tour, quel que soit le scénario proposé. Elle l'emporterait ensuite face à cinq adversaires testés, avec un duel serré face à Édouard Philippe (52 % contre 48 %). Cette avance s'observe même hors de son électorat : 43 % des Français la considèrent comme la personnalité ayant le plus de chances de gagner, devant Édouard Philippe (19 %) et Jean-Luc Mélenchon (11 %). Cette perception marque un tournant, car Marine Le Pen n'est plus seulement perçue comme une candidate pouvant accéder au second tour, mais comme une favorite potentielle.
Le veto électoral désigne le rejet massif d'un candidat ou d'un parti par une grande partie de l'électorat, l'empêchant de l'emporter malgré une bonne performance au premier tour. Traditionnellement, Marine Le Pen et le Rassemblement National (RN) subissaient ce rejet, notamment en 2017 face à Emmanuel Macron et en 2024 lors des législatives anticipées. Cependant, ce rejet s'est affaibli. Aujourd'hui, l'espace politique français est devenu multipolaire, avec plusieurs candidats rejetés par des segments distincts de l'électorat. Par exemple, certains électeurs rejettent Marine Le Pen mais aussi Édouard Philippe ou Jean-Luc Mélenchon. Cette fragmentation des rejets réduit l'efficacité du barrage contre le RN, rendant sa victoire au second tour plus plausible.
Les élections présidentielles sont influencées par des clivages, c'est-à-dire des oppositions profondes de valeurs qui organisent les préférences politiques. Deux clivages majeurs structurent actuellement le paysage électoral français. Le premier oppose les sensibilités progressistes et cosmopolites (favorables à l'immigration, à la diversité culturelle et à l'ouverture) aux sensibilités conservatrices et ethno-traditionalistes (attachées à l'identité nationale, à l'autorité et au rejet de l'immigration). Le second clivage sépare les électeurs souhaitant une rupture politique (changement radical) de ceux privilégiant la stabilité institutionnelle. Marine Le Pen bénéficie d'un avantage structurel : son électorat provient à plus de 90 % des groupes conservateurs et ethno-traditionalistes. Dans ces groupes, elle obtient plus de 50 % des suffrages, notamment chez les Réfractaires, les Autoritaires et les Identitaires.
Marine Le Pen dispose d'un socle électoral solide et étendu, mesuré par la probabilité que les électeurs lui attribuent. Selon l'étude, 33 % des Français donnent au moins 6/10 à une formation d'extrême droite (RN ou Reconquête), contre 22 % pour le centre et Les Républicains (LR). Parmi ces électeurs, 96 % peuvent envisager Marine Le Pen, et 89 % lui attribuent une note entre 8 et 10. Aucun autre candidat ne bénéficie d'un tel niveau de soutien dans son camp. Par exemple, Jordan Bardella, souvent cité comme successeur potentiel, n'est spontanément souhaité président que par 10 % de cet électorat. Marine Le Pen n'a donc pas besoin de transgresser pour élargir son électorat, contrairement à d'autres candidats comme Bruno Retailleau ou Éric Zemmour, dont les scores restent marginaux.
Le potentiel électoral désigne la disponibilité des électeurs à voter pour un candidat, sans garantir leur choix final. Marine Le Pen se distingue par sa capacité à convertir ce potentiel en votes effectifs. Parmi les électeurs lui attribuant au moins 6/10, près de 80 % la placent en tête des préférences, contre seulement 27 % pour Bruno Retailleau dans le même segment. Cette différence s'explique par la hiérarchisation des préférences : les électeurs de Marine Le Pen la considèrent souvent comme leur premier choix, tandis que ceux de Bruno Retailleau hésitent entre plusieurs candidats. Par exemple, dans le segment LR, Édouard Philippe obtient 33 % d'intentions de vote contre 32 % pour Marine Le Pen et 25 % pour Bruno Retailleau, malgré un potentiel plus large pour ce dernier.
Marine Le Pen mène une stratégie de normalisation du RN, c'est-à-dire une tentative de présenter le parti comme une force politique crédible et modérée, éloignée de son image radicale passée. Cette stratégie semble porter ses fruits : Jordan Bardella, souvent perçu comme plus radical, occupe une partie de l'espace médiatique et générationnel du RN sans concurrencer directement Marine Le Pen. De plus, Marine Le Pen peut compter sur un électorat de droite traditionnelle (LR) partiellement perméable à ses idées, notamment sur les thèmes de la sécurité, de l'immigration et du pouvoir d'achat. Cette porosité permet au RN de capter des électeurs hésitants, tout en évitant les divisions internes qui affaibliraient sa candidature.
La campagne électorale de Marine Le Pen mise sur les thèmes qui structurent son électorat : l'immigration, la sécurité, l'autorité et le sentiment de déclin. Ces thèmes résonnent particulièrement avec les groupes conservateurs et ethno-traditionalistes, où elle réalise ses meilleurs scores. Par exemple, les électeurs du RN placent la sécurité en tête de leurs priorités, devant le pouvoir d'achat et l'immigration. Cette focalisation permet à Marine Le Pen de consolider son socle, de stabiliser les électeurs hésitants et, dans certains scénarios, de neutraliser une partie du centre. Cette dynamique rappelle celle de Donald Trump en 2016, où la campagne a activé et renforcé les divisions raciales et identitaires aux États-Unis.

