Ceuta et les autres : entre le Maroc et l’Espagne, plusieurs différends territoriaux historiques
Ce mardi 13 octobre, la venue du couple royal espagnol a permis à Madrid de réaffirmer sa souveraineté sur l’enclave de Ceuta, située au nord du Maroc. Mais, entre les deux pays, d’autres enjeux de souveraineté persistent..
Ceuta et Melilla sont deux villes espagnoles situées sur la côte nord du Maroc, en Afrique. Elles forment des enclaves, c’est-à-dire des territoires entièrement entourés par un autre pays. Ceuta est une presqu’île tandis que Melilla est une ville côtière. Ces deux territoires sont sous souveraineté espagnole depuis plusieurs siècles, mais le Maroc les revendique régulièrement. En octobre 2026, le roi d’Espagne, Felipe VI, a réaffirmé que la souveraineté de l’Espagne sur ces enclaves était « indiscutable » et « inaliénable », lors d’une visite officielle. Le Maroc, de son côté, considère ces territoires comme faisant partie intégrante de son histoire et de sa géographie, et les inclut dans sa revendication d’un « Grand Maroc ». Ces tensions illustrent un différend territorial ancien entre les deux pays, qui s’étend bien au-delà de ces deux villes.
Le Maroc revendique non seulement Ceuta et Melilla, mais aussi plusieurs îlots rocheux situés en Méditerranée, comme le Peñón de Vélez de la Gomera, les îles Alhucemas, l’îlot Persil (ou Leïla) et les îles Zaffarines. Ces territoires, bien que de petite taille, ont une grande importance stratégique, car ils permettent à l’Espagne de contrôler des zones clés du détroit de Gibraltar, une voie maritime majeure reliant la Méditerranée à l’océan Atlantique. Le Maroc a tenté à plusieurs reprises, notamment en 1961 et en 1975, d’obtenir que l’ONU classe ces territoires comme des « territoires non autonomes » en cours de décolonisation, sans succès. Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé en 2026 que ces revendications restaient d’actualité à long terme, bien que Rabat évite pour l’instant d’ouvrir un nouveau front avec Madrid.
Le « Grand Maroc » est une doctrine nationaliste marocaine qui vise à récupérer des territoires que le Maroc considère comme historiquement lui appartenant. Selon cette thèse, ces territoires incluent non seulement Ceuta, Melilla et les îlots méditerranéens, mais aussi des régions entières comme la Mauritanie, le sud-ouest de l’Algérie, une partie du Mali, Saint-Louis au Sénégal et le Sahara occidental. Cette idée a été popularisée par Allal El-Fassi, fondateur du parti de l’indépendance marocain, l’Istiqlal, au XXe siècle. Le Maroc s’appuie sur l’histoire des sultanats alaouites, qui dominaient ces régions entre le XIe et le XXe siècle, pour justifier ces revendications. Cette doctrine reste un sujet sensible dans les relations entre le Maroc et ses voisins, notamment l’Espagne et l’Algérie.
Les territoires disputés entre le Maroc et l’Espagne, notamment Ceuta, Melilla et les îlots, revêtent une importance majeure sur le plan stratégique. Ils permettent à l’Espagne de contrôler le détroit de Gibraltar, une zone clé pour le commerce maritime mondial. En 2026, ce détroit est devenu encore plus crucial en raison des crises au Moyen-Orient, qui perturbent les routes maritimes commerciales. Par ailleurs, les eaux territoriales autour des îles Canaries, revendiquées par les deux pays, sont riches en ressources naturelles, comme les terres rares, des minerais essentiels pour les technologies modernes. La délimitation de ces zones maritimes est donc un enjeu économique et géopolitique majeur pour les deux nations.
L’ONU ne considère pas Ceuta, Melilla et les autres territoires espagnols comme des « territoires non autonomes » ou en cours de décolonisation. Cette position a été confirmée à plusieurs reprises, notamment en 1961 et en 1975, lorsque le Maroc a tenté de faire inscrire ces territoires sur la liste des territoires à décoloniser. Contrairement à d’autres cas, comme le Sahara occidental, l’ONU n’a pas reconnu ces revendications marocaines. Cette absence de reconnaissance internationale affaiblit la position du Maroc dans ce différend territorial. Cependant, Rabat maintient ses revendications, soulignant que ces territoires font partie de son histoire et de sa souveraineté.
En octobre 2026, la visite du roi d’Espagne à Ceuta et Melilla a été perçue comme une provocation par le Maroc, qui a réagi en réaffirmant ses revendications territoriales. Cependant, les médias marocains proches du pouvoir, comme *360.ma*, ont souligné que Rabat n’avait « actuellement aucun intérêt à ouvrir un nouveau front » avec l’Espagne et l’Union européenne. Malgré cette prudence, le Maroc continue de maintenir ses revendications à long terme, comme l’a confirmé le ministre de la Justice marocain en 2026. Cette situation illustre la complexité des relations entre les deux pays, où les tensions territoriales coexistent avec des intérêts économiques et diplomatiques communs.

