Tribune – Les révolutionnaires dans la campagne Mélenchon
Au regard de la situation politique très dangereuse en France, avec une potentielle victoire du FN/RN lors de l’élection présidentielle à venir, des discussions ont lieu dans toutes les organisations et sensibilités de la gauche concernant l’attitude à adopter. La gauche révolutionnaire ne peut évidemment pas esquiver ce débat.
L'article souligne une situation politique française tendue avec un risque de victoire du Front National (FN, devenu Rassemblement National ou RN) lors de l'élection présidentielle de 2027. Cette perspective alerte la gauche révolutionnaire, qui doit définir sa position face à cette menace. Les auteurs, Razmig Keucheyan, Gilbert Achcar, Michael Löwy et Ugo Palheta, insistent sur la nécessité pour les révolutionnaires de préserver leur autonomie stratégique tout en soutenant activement Jean-Luc Mélenchon et son parti, La France insoumise (LFI). L'objectif est de construire un front uni face à l'extrême droite, tout en maintenant une critique indépendante du projet politique de LFI.
La bourgeoisie française manifeste une forte hostilité envers LFI, perçue comme une menace pour l'ordre établi. Les auteurs expliquent que LFI propose une alternative économique au néolibéralisme, notamment via la planification écologique, qui vise à soumettre les règles du capitalisme à des principes de justice sociale et de respect de l'environnement. Bien que cette proposition ne soit pas explicitement anticapitaliste, elle pourrait, selon les rapports de force, ouvrir la voie à un dépassement du système actuel. Par ailleurs, LFI se distingue par sa position sur la question palestinienne, rappelant les 75 ans d'oppression des Palestiniens par Israël, et résistant aux accusations d'antisémitisme portées contre elle par une partie du système politico-médiatique.
Les auteurs estiment que les révolutionnaires, héritiers des marxismes révolutionnaires, doivent s'engager aux côtés de LFI lors de la campagne présidentielle. Ils soulignent l'importance des élections comme moments clés de la vie politique, mais rappellent qu'elles doivent s'articuler avec les mobilisations sociales et syndicales de long terme. Les révolutionnaires peuvent contribuer à renforcer la campagne de LFI, notamment en comblant ses lacunes démocratiques internes. LFI, bien que structurée autour de l'Assemblée nationale, manque de mécanismes démocratiques permettant aux militant·es de décider des orientations du mouvement. Les auteurs voient dans cette collaboration une opportunité de faire progresser collectivement la gauche combative.
Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a décidé de soutenir la campagne de Mélenchon, une décision que les auteurs saluent comme un pas vers une gauche de rupture. Ils estiment que cette collaboration pourrait être mutuellement bénéfique : le NPA, héritier d'une culture démocratique et égalitaire, pourrait apporter une dimension participative à LFI, tandis que LFI, avec ses 22 % des voix obtenues en 2022, offre une visibilité et une influence bien supérieures. Les auteurs citent l'exemple du Democratic Socialists of America (DSA) aux États-Unis, qui a doublé ses effectifs (passant à 120 000 membres) en s'engageant dans des batailles institutionnelles tout en conservant une structure démocratique et une orientation de classe.
Malgré les avancées, les auteurs mettent en garde contre les risques liés à une collaboration avec LFI. Ils soulignent que LFI, centrée sur les institutions parlementaires, pourrait s'adapter à ces dernières plutôt que de les transformer si elle accédait au pouvoir. Par ailleurs, en cas de victoire de l'extrême droite, LFI, avec son organisation centralisée, pourrait être décapitée par des mesures juridiques, laissant ses militant·es sans ressources. Les auteurs rappellent que le NPA, avec son expérience de l'organisation extra-parlementaire, dispose des savoir-faire nécessaires pour résister à une telle répression. Ils insistent sur l'importance de préparer dès maintenant les infrastructures de contestation pour l'avenir, quelle que soit l'issue de l'élection.
Les auteurs replacent la situation actuelle dans une perspective historique, soulignant que les crises du capitalisme élargissent les secteurs sensibles à un discours anticapitaliste. Ils rappellent que, contrairement aux années 1980, le champ politique est aujourd'hui plus ouvert, même si le néolibéralisme reste dominant. Ils estiment que la formation d'un bloc des gauches combatives, où chaque organisation conserve son autonomie stratégique, est essentielle. Les révolutionnaires doivent jouer un rôle déterminant dans cette construction, en s'appuyant sur les leçons du passé, comme l'échec du *tournant de la rigueur* sous François Mitterrand en 1983. Leur confiance dans leurs idées et leur capacité à s'adapter aux circonstances est présentée comme un impératif pour l'avenir.

