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Culture

Gynécologie, quand les règles changent 1/4 : Suivies de très près

France Culture - Savoirs · mis à jour 28 sept.

Frottis, palpation mammaire, pose de stérilet, spéculum : on se rend en moyenne une cinquantaine de fois chez un·e gynécologue au cours de sa vie. Aucun suivi comparable n'existe pour les hommes cisgenres.

Un suivi médical unique

Les femmes cisgenres consultent en moyenne une cinquantaine de fois un·e gynécologue au cours de leur vie, contre un suivi bien moins régulier pour les hommes cisgenres. Ce suivi débute souvent à l’adolescence et se poursuit tout au long de la vie. Il inclut des examens comme le frottis (prélèvement des cellules du col de l’utérus pour dépister des lésions précancéreuses), la palpation mammaire (examen des seins pour détecter d’éventuelles anomalies), la pose de stérilet (contraception intra-utérine) ou encore l’utilisation d’un spéculum (instrument permettant d’examiner le vagin et le col de l’utérus). Aucun suivi médical équivalent n’existe pour les hommes cisgenres, soulignant une asymétrie dans la prise en charge de la santé reproductive et gynécologique.

Origines historiques

La gynécologie, en tant que spécialité médicale, s’est institutionnalisée tardivement. Au XVIIe siècle, l’obstétrique (suivi des grossesses) et au XIXe siècle, la gynécologie chirurgicale (interventions sur les organes reproducteurs) ont émergé. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la gynécologie médicale s’est développée, centrée sur les hormones (substances chimiques régulant le fonctionnement du corps) plutôt que sur l’utérus. Cette évolution a conduit à l’instauration d’une « norme gynécologique », imposant un suivi régulier pour la contraception et le dépistage des maladies. Selon Aurore Koechlin, sociologue, cette norme est liée à la genrisation de la contraception, attribuée aux femmes, ce qui a renforcé le rôle de la gynécologie dans leur suivi médical.

Contexte médical genré

L’histoire de la gynécologie peut aussi être retracée à travers ses instruments, comme en témoignent les premiers spéculums utilisés en France à partir du XIXe siècle, conservés au musée d’Histoire de la médecine à Paris. À cette époque, les publications médicales ont commencé à décrire le corps des femmes comme sujet à des « maux spécifiques », une idée qui a persisté dans le discours médical. Jean-Christophe Abramovici, professeur de littérature française, souligne que cette approche a contribué à façonner une vision du corps féminin comme naturellement vulnérable ou malade, justifiant ainsi un suivi médical régulier et spécialisé.

Pratique actuelle et autonomie

Aujourd’hui, le suivi gynécologique varie selon les besoins individuels. Béatrice Bertuola, sage-femme au Planning Familial de Villard-Bonnot, explique que les examens ne sont ni systématiques ni obligatoires : « Il y a d’abord la demande de la patiente. Est-ce qu’elle a des besoins particuliers ? Les examens sont éventuellement recommandés, mais jamais obligatoires. C’est vraiment la patiente qui est au centre, et qui décide. » Cette approche met l’accent sur l’autonomie des femmes dans la gestion de leur santé, en opposition à une vision paternaliste où le corps médical imposerait des examens sans concertation.

Acteurs et ressources

Cet épisode de la série documentaire LSD, la série documentaire sur France Culture rassemble plusieurs intervenant·e·s pour éclairer le sujet. Aurore Koechlin, sociologue, a publié La norme gynécologique en 2022. Béatrice Bertuola est sage-femme au Planning Familial de Villard-Bonnot. Christophe Studer est gynécologue à Marignane. Jean-Christophe Abramovici, professeur de littérature française, et Emma Pacchiana, doctorante en histoire, apportent un éclairage historique et culturel. Marie Vuillemin gère les collections du Musée d’Histoire de la Médecine à Paris. Des patientes ont également accepté d’enregistrer leurs consultations pour illustrer le propos.

Ce que ça pourrait changer

Pour approfondir le sujet, plusieurs références sont citées dans l’article. *La norme gynécologique* d’Aurore Koechlin (Amsterdam, 2022) analyse l’évolution de cette spécialité médicale. L’*Encyclopédie critique du genre*, dirigée par Juliette Rennes (La Découverte, 2016), offre un cadre théorique pour comprendre les enjeux de genre dans la médecine. L’article *« Écrire, prescrire : l’invention du corps féminin »* de Jean-Christophe Abramovici et ses co-auteur·rice·s (Littérature, 2025) explore comment le discours médical a façonné la perception du corps féminin. Enfin, Anne Carol a publié *« L’examen gynécologique en France, XVIIIe-XIXe siècles : techniques et usages »* (Belin, 2005), qui retrace l’histoire des pratiques médicales.

Sujets complémentaires

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