Présidentielle: le moment de vérité pour Les Écologistes?
Les militants écologistes voteront en décembre pour acter leur stratégie présidentielle. Le parti est fracturé: certains souhaitent une alliance avec LFI, d’autres avec le PS.
Les Écologistes, un parti politique français fondé en 1984, font face à un dilemme stratégique avant les élections présidentielle et législatives de 2027. Trois options principales s'offrent à eux : une alliance dès le premier tour avec La France Insoumise (LFI), une alliance avec le Parti Socialiste (PS), ou le maintien d'une candidature indépendante. Marine Tondelier, secrétaire générale du parti, peine à imposer une candidature unique de la gauche, écartant ainsi une quatrième option. Sandrine Rousseau privilégie l'alliance avec LFI, tandis que Raphaël Glucksmann, candidat socialiste, souhaite s'allier avec les Écologistes. Ce dernier a déjà obtenu le soutien de Yannick Jadot, ancien candidat écologiste à la présidentielle de 2022. Le mouvement reste profondément divisé, sans qu'une solution ne se dégage clairement parmi les adhérents.
Les élections présidentielle et législatives posent un défi particulier aux Écologistes en raison de leur mode de scrutin majoritaire à deux tours, qui leur est défavorable. Depuis leur création, les Écologistes obtiennent leurs meilleurs résultats lors des élections européennes ou locales, où le scrutin est proportionnel ou mixte. À la présidentielle, aucun candidat écologiste n'a dépassé 5 % des suffrages exprimés depuis Noël Mamère en 2002. Aux législatives, ils plafonnent généralement entre 3 % et 5 % des voix. Pour contourner cette difficulté, ils ont historiquement passé des accords avec le PS, obtenant ainsi des circonscriptions réservées : 29 en 1997 et 63 en 2012. Ces alliances leur ont permis d'entrer à l'Assemblée nationale.
Le système politique français est passé d'un bipartisme (gauche/droite) à un tripolarisme (gauche/droite/extreme droite), avec une abstention croissante. Depuis 2022, les partis de gauche adoptent une stratégie d'union dès le premier tour pour maximiser leurs chances au second tour. Cette stratégie, appelée Nouveau Front populaire (NFP), repose sur un partage des circonscriptions entre les partenaires de gauche. En 2024, LFI a obtenu 227 circonscriptions, le PS 169, et les Écologistes 88, selon leur score respectif aux dernières élections. Pour 2027, la répartition dépendra des résultats de la présidentielle de 2027, notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (Écologistes).
Une alliance avec LFI permettrait aux Écologistes d'obtenir un bon accord électoral pour les législatives, en échange d'un renoncement à présenter un candidat à la présidentielle. Cependant, cela pourrait entraîner des tensions internes, notamment sur des sujets comme l'Europe ou le soutien à l'Ukraine, où LFI et les Écologistes divergent. Une alliance avec le PS limiterait les bénéfices électoraux pour les Écologistes, car le PS partage souvent ses zones de force urbaines avec eux. Le PS, aujourd'hui clairement ancré à gauche, propose des mesures environnementales proches des exigences écologistes, mais reste ambigu sur le nucléaire, un sujet de tension historique. Maintenir une candidature indépendante permettrait aux Écologistes de conserver leur autonomie et une répartition équivalente à 2022 ou 2024.
Les Écologistes sont divisés sur les questions idéologiques. Avec le PS, les divergences sont limitées, bien que le nucléaire reste un point de friction. Le PS propose une formule ambiguë : « Le nucléaire autant que nécessaire, les énergies renouvelables autant que possible », sans préciser s'il est favorable à la construction de nouvelles centrales. Avec LFI, les positions environnementales sont plus ambitieuses, comme la Règle Verte (obligation de ne pas dépasser les capacités de régénération de la nature), mais des désaccords subsistent sur l'Europe, l'aide à l'Ukraine ou la position vis-à-vis de la Russie. Ces divergences pourraient fragiliser l'unité du parti si une alliance était choisie.
Le maintien d'une candidature indépendante permettrait aux Écologistes de se différencier de LFI, en proposant une offre politique plus ouverte et moins radicale. Sans cette distinction, le parti risque de disparaître, concurrencé par les insoumis et affaibli par ses échecs récents. Les Écologistes doivent donc choisir entre maximiser leur influence électorale en s'alliant à un partenaire plus puissant, ou préserver leur identité et leur autonomie en maintenant une candidature propre. Ce choix déterminera leur avenir politique dans un paysage électoral de plus en plus fragmenté.

