En Australie, une ancienne base militaire secrète reprend du service
Dans l'arrière-pays australien, une zone interdite de 122 000 kilomètres carrés a servi de "champ de tir" depuis le milieu du vingtième siècle. Après une période de déclin, les expérimentations militaires ont récemment repris..
Woomera est une cité australienne construite en 1947 dans le désert du sud du pays, à environ 488 kilomètres d’Adélaïde, la capitale de l’Australie-Méridionale. Son rôle principal était de servir de centre logistique et technique pour des programmes militaires et aérospatiaux. Le site abrite une zone interdite de 122 000 kilomètres carrés, utilisée comme champ de tir et de tests pour des missiles balistiques et des drones militaires. Woomera a ainsi joué un rôle clé dans l’histoire de l’armement, notamment en étant le lieu de développement de l’un des premiers drones militaires, considéré comme un ancêtre des drones modernes utilisés aujourd’hui en Ukraine ou en Iran. Le site a également accueilli des expérimentations aérospatiales européennes avant que celles-ci ne soient transférées en Guyane française dans les années 1980.
Entre les années 1950 et les années 1980, Woomera a été le théâtre de milliers de tests de missiles balistiques, marquant son importance dans l’histoire de l’armement mondial. Cependant, son déclin a commencé avec l’annulation de plusieurs programmes militaires dans les années 1970, en raison de la crise pétrolière de cette décennie. Parallèlement, la conquête spatiale européenne a pris un nouvel essor en Guyane française, réduisant l’utilité de Woomera pour les essais aérospatiaux. Malgré cette période de ralentissement, le site a connu un regain d’activité ces dernières années, avec la reprise des expérimentations balistiques. Cette relance s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par des tensions croissantes dans la région indopacifique.
Les populations aborigènes, premières habitantes du désert où se situe Woomera, ont été profondément affectées par les activités militaires du site. Historiquement, elles ont été déplacées vers les côtes et n’ont pas toujours été protégées lors des essais nucléaires menés dans la zone. Ces essais, bien que moins fréquents que les tests de missiles, ont laissé des traces durables sur les sites naturels et les communautés locales. Aujourd’hui, les aborigènes se mobilisent pour dénoncer la reprise des expérimentations militaires, craignant pour la préservation de leurs terres sacrées et de la biodiversité locale. Leur lutte met en lumière les conséquences environnementales et sociales de ces activités sur un territoire qu’ils considèrent comme leur.
Depuis quelques années, Woomera connaît un regain d’activité avec la reprise des essais balistiques. Cette relance s’explique par des enjeux géopolitiques et stratégiques, notamment dans le contexte de la montée des tensions en Asie-Pacifique. Les expérimentations actuelles concernent principalement des missiles et des drones, des technologies de plus en plus utilisées dans les conflits modernes. Cependant, cette reprise suscite des inquiétudes quant à son impact sur l’environnement et les populations locales. Les autorités australiennes justifient ces activités par la nécessité de moderniser les capacités militaires du pays face à des menaces régionales croissantes.
Le désert de Woomera abrite une biodiversité fragile et des sites naturels, parfois sacrés pour les aborigènes. La reprise des essais militaires menace ces écosystèmes, déjà fragilisés par des décennies d’activités militaires. Les populations locales, soutenues par des associations, dénoncent les risques de pollution, de perturbation des sols et de destruction des habitats naturels. Ces mobilisations s’inscrivent dans un mouvement plus large de défense des droits des peuples autochtones et de protection de l’environnement en Australie. Les autorités, de leur côté, affirment prendre des mesures pour limiter l’impact de ces activités, sans pour autant remettre en cause leur poursuite.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans le fonctionnement et les enjeux de Woomera. Les militaires et les ingénieurs, basés dans la cité de Woomera, sont chargés de mener les expérimentations et de maintenir les infrastructures. Les populations aborigènes, quant à elles, sont en première ligne pour dénoncer les conséquences de ces activités sur leurs terres et leur mode de vie. Les journalistes, comme Jérémy André, qui a enquêté sur place, contribuent à documenter et à rendre public les enjeux liés à ce site. Enfin, les autorités australiennes, qui supervisent les activités militaires, doivent concilier les impératifs de défense nationale avec les préoccupations environnementales et sociales.

