Climat : comment sortir de l’aveuglement ?
Après l’été le plus chaud jamais enregistré, la France fait face à une sécheresse historique. Alors que les crises climatiques s’accumulent, le biologiste Olivier Hamant invite à repenser notre modèle : faut-il abandonner la performance au profit de la robustesse ?.
L’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en France, avec des conséquences dramatiques : plus de 8 000 décès liés à la chaleur. Cette canicule s’inscrit dans une série de crises climatiques qui s’accumulent sans solution durable. Le biologiste Olivier Hamant, directeur de recherche à l’INRAE et à l’ENS Lyon, souligne que cette situation illustre une logique de performance à tout prix, où les sociétés humaines cherchent à maximiser les ressources et les techniques pour répondre aux défis, sans tenir compte des limites écologiques. Cette approche, selon lui, mène à un burn-out planétaire, c’est-à-dire un épuisement des écosystèmes et des sociétés face à des exigences insoutenables.
En octobre 2026, la France fait face à une sécheresse historique. Une soixantaine de départements sont en état de crise, et plus de 90 000 personnes sont privées d’eau potable. La Bretagne craint même des ruptures d’eau potable d’ici novembre. Ces pénuries illustrent l’incapacité des modèles actuels à s’adapter aux changements climatiques. Olivier Hamant propose une alternative : abandonner la quête de performance pour privilégier la robustesse, c’est-à-dire la capacité à résister aux chocs et à s’adapter aux contraintes. Son livre, Après l’incendie, sortir du burnout planétaire (éditions Gallimard), développe cette idée en s’appuyant sur des principes biologiques, comme la résilience des écosystèmes.
Olivier Hamant critique le modèle économique et social actuel, basé sur la croissance infinie et l’exploitation maximale des ressources. Ce modèle, hérité de l’ère industrielle, repose sur l’idée que la technologie et l’innovation permettront toujours de résoudre les problèmes. Pourtant, les crises climatiques montrent ses limites. Hamant, qui travaille sur la reproduction et développement des plantes à l’INRAE, s’inspire de la nature pour proposer une autre voie. Les systèmes biologiques, explique-t-il, privilégient la robustesse plutôt que la performance : une plante ne cherche pas à pousser le plus vite possible, mais à survivre aux aléas. Transposer ce principe à l’échelle humaine pourrait signifier repenser nos modes de production, de consommation et d’organisation sociale.
Pour Olivier Hamant, la solution passe par un changement de paradigme : passer d’une logique de performance à une logique de résilience. Cela implique de réduire notre dépendance aux technologies énergivores, de diversifier les sources d’approvisionnement (eau, nourriture, énergie) et de favoriser des systèmes locaux et adaptables. Il ne s’agit pas de renoncer au progrès, mais de le redéfinir en intégrant les contraintes écologiques. Son livre, publié aux éditions Gallimard, développe cette thèse en s’appuyant sur des exemples concrets, comme la gestion des forêts ou l’agriculture. L’objectif est de construire une société capable de faire face aux chocs climatiques sans s’effondrer.
L’entretien avec Olivier Hamant s’inscrit dans un contexte marqué par l’urgence climatique. Les crises se multiplient : canicules, sécheresses, pénuries d’eau, et leurs impacts humains et économiques sont de plus en plus visibles. Pourtant, les réponses politiques et collectives peinent à suivre. Hamant, en biologiste, propose une approche systémique, où les solutions ne viennent pas seulement des politiques publiques ou des technologies, mais aussi d’un changement profond de notre rapport au monde. Son travail, à l’interface entre science et société, vise à ouvrir un débat sur les valeurs qui guident nos actions : faut-il continuer à privilégier la croissance et la performance, ou accepter de ralentir pour préserver l’équilibre des écosystèmes ?

