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Géopolitique

Pourquoi l’épidémie d’Ebola est-elle la pire qu’a connue la RDC ?

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Le risque d’une propagation nationale et internationale de l’épidémie qui s’est déclarée, officiellement en mai, en République démocratique du Congo reste élevé, affirme l’Organisation mondiale de la santé. La 17ᵉ épidémie progresse à un rythme inédit, portée par plusieurs facteurs.

Épidémie record

L’épidémie d’Ebola actuelle en République démocratique du Congo (RDC) est la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Selon les données du 18 août 2026, elle a causé 4 945 cas confirmés et 2 325 décès, dépassant ainsi le bilan de l’épidémie de 2018-2020, qui avait fait 2 299 morts. Cette épidémie, causée par le virus Bundibugyo (une souche rare d’Ebola identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007), se propage à un rythme inédit. Le taux de létalité global s’élève à 45,9 %, mais ce chiffre reste évolutif. La province de l’Ituri, dans l’est du pays, est l’épicentre principal, mais l’épidémie touche déjà six provinces sur vingt-six en RDC. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026, son deuxième niveau d’alerte le plus élevé.

Absence de vaccin

Contrairement à d’autres souches d’Ebola, comme celle de Zaïre (responsable de l’épidémie de 2018-2020), il n’existe aucun vaccin homologué ni traitement spécifique contre le virus Bundibugyo. Bien que des recherches soient en cours, elles n’ont pas encore abouti. Le vaccin Ervebo, efficace contre la souche Zaïre, est actuellement le seul disponible, mais son efficacité contre le virus Bundibugyo n’a pas été démontrée scientifiquement. Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont appelé à un déploiement élargi d’Ervebo, malgré l’absence de preuves cliniques, car il s’agit de la seule stratégie vaccinale disponible à ce jour. Cette situation aggrave la crise sanitaire, car les populations restent vulnérables face à un virus pour lequel aucune protection n’est encore validée.

Conflits armés

La propagation de l’épidémie est aggravée par la situation sécuritaire instable dans l’est de la RDC, où des conflits armés opposent l’armée régulière congolaise (FARDC) aux rebelles de l’Alliance fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23), soutenus par le Rwanda. Ces affrontements limitent l’accès des équipes sanitaires aux zones touchées. Par exemple, dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, les violences empêchent les soignants de maintenir leurs positions. Selon le Dr Charles Kashindi, directeur d’un hôpital à Bunia, les coups de feu rendent impossible la tenue des activités de surveillance et de soins. De plus, les déplacements massifs de populations fuyant les combats compliquent la riposte sanitaire, car ils favorisent la propagation du virus. L’OMS a souligné que ces déplacements ont rendu très difficile le contrôle de l’épidémie.

Désengagement américain

Le retard dans la réponse internationale à l’épidémie est en partie attribué au désengagement des États-Unis dans le domaine de la santé publique en RDC. En 2025, les États-Unis ont fermé l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et réduit le financement des vigies épidémiologiques. Cette décision a entraîné la perte de centaines d’experts des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) en RDC, dont l’expertise aurait pu permettre une détection plus rapide du virus. Selon The New York Times, l’épidémie aurait commencé dès février 2026, mais n’a été officiellement déclarée qu’en mai 2026, en raison de l’absence de systèmes d’alerte efficaces. Ce retard a permis au virus de se propager sans contrôle pendant plusieurs mois.

Ce que ça pourrait changer

Dès le début de l’épidémie, une vague de méfiance envers les autorités sanitaires, de désinformation et de croyances locales a entravé les efforts de lutte contre Ebola. Par exemple, une coutume funéraire en Ituri consiste à toucher le défunt lors des rites d’adieu, ce qui a contribué à la transmission du virus. De plus, des rumeurs infondées ont circulé sur les réseaux sociaux, accusant les ONG de propager délibérément la maladie pour obtenir des financements ou de manipuler l’épidémie pour accéder aux ressources minières de la RDC. Ces théories ont alimenté des violences, comme l’incendie de deux structures sanitaires à Butembo en juillet 2026. Enfin, la peur de contracter Ebola a poussé de nombreux habitants à éviter les centres de santé, préférant l’automédication. Cette situation a non seulement aggravé la crise sanitaire, mais aussi compliqué la collecte de données fiables sur l’épidémie.

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