« J’ai l’impression que tout mon corps me lâche » : à Besançon, l’hôpital de jour écoute les femmes autant qu’il les soigne
Au CHU de Besançon, un hôpital de jour dédié à la santé des femmes a accueilli il y a deux ans ses premières patientes, vite devenues très nombreuses. Immersion dans cette structure unique en France, alors que les Etats généraux de la douleur des femmes présentent leurs premières recommandations au ministère de la Santé ce lundi 19 octobre..
À Besançon, le CHU a ouvert il y a deux ans un hôpital de jour dédié à la santé des femmes, une structure unique en France. Contrairement aux consultations classiques, ce lieu propose une prise en charge globale, combinant soins médicaux et écoute psychologique. Il accueille des patientes souffrant de douleurs chroniques, de symptômes liés aux règles, à la ménopause ou à d’autres troubles gynécologiques. L’objectif est de rompre avec la réponse médicale fragmentée, souvent limitée à des prescriptions comme la pilule en continu, qui ne suffit pas à soulager certaines femmes. Ce modèle s’inscrit dans un contexte où les douleurs féminines sont encore trop souvent minimisées ou mal comprises par le corps médical.
Eve, 38 ans, hôtesse d’accueil dans un entrepôt de bricolage, illustre le parcours de nombreuses patientes. Depuis cinq ans, elle consulte des médecins sans trouver de solutions à ses symptômes : maux de ventre, douleurs sciatiques, diarrhées, migraines et une sensation de jambes lourdes. Elle décrit des épisodes de règles si douloureux qu’elle peut cumuler jusqu’à sept symptômes différents en même temps. Son quotidien est marqué par une phrase récurrente : « J’ai l’impression que tout mon corps me lâche ». Malgré sa patience, elle exprime son épuisement face à des propositions médicales limitées, comme la prise de pilule en continu, qui ne répondent pas à ses besoins.
L’hôpital de jour de Besançon adopte une approche pluridisciplinaire, combinant consultations médicales, ateliers pratiques et soutien psychologique. Les patientes participent à des ateliers pour apprendre des gestes de relaxation ou des postures adaptées afin de soulager leurs douleurs. La Dr Alicia Caroff, gynécologue, souligne l’importance d’écouter les patientes et de ne pas se limiter à des traitements standardisés. Cette structure s’inscrit dans un mouvement plus large, alors que les États généraux de la douleur des femmes présentent ce 19 octobre 2026 leurs premières recommandations au ministère de la Santé. L’enjeu est de mieux reconnaître et traiter les douleurs féminines, souvent banalisées ou attribuées à tort au stress ou à l’anxiété.
Les douleurs chroniques chez les femmes représentent un enjeu de santé publique encore peu reconnu. Les études montrent que les femmes sont plus susceptibles de souffrir de douleurs persistantes, mais leur prise en charge reste inégale. Les retards de diagnostic et les traitements inadaptés aggravent leur souffrance, tant sur le plan physique que mental. À Besançon, l’hôpital de jour cherche à combler ce vide en offrant un espace où les patientes se sentent entendues et accompagnées. Ce modèle pourrait inspirer d’autres régions, alors que la France tente de mieux répondre aux besoins spécifiques des femmes en matière de santé.
Ce 19 octobre 2026, les **États généraux de la douleur des femmes** rendent publiques leurs premières recommandations au ministère de la Santé. Ces propositions visent à améliorer la prise en charge des douleurs féminines, souvent négligées ou mal diagnostiquées. Parmi les pistes évoquées : une meilleure formation des professionnels de santé, une reconnaissance accrue des symptômes féminins et un accès facilité à des soins adaptés. L’hôpital de jour de Besançon s’inscrit dans cette dynamique, en montrant qu’une approche globale et empathique peut faire la différence pour des milliers de femmes en souffrance.

