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Géopolitique

Absence de sexe et femmes effacées : Nolan vide de sens “L’Odyssée”

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

Si la critique a réservé un accueil plutôt enthousiaste à l’adaptation par Christopher Nolan de l’épopée homérique, la presse étrangère déplore tout à la fois le manque de sensualité et d’érotisme du film, et le traitement des personnages féminins..

Accueil critique mitigé

L’adaptation cinématographique de L’Odyssée par Christopher Nolan, sortie le 25 juillet 2026, a reçu un accueil contrasté de la part des critiques. Si certains médias francophones et internationaux saluent l’audace de la réinterprétation, la presse étrangère, notamment américaine et britannique, exprime des réserves majeures. Les critiques soulignent deux problèmes principaux : l’absence quasi totale de sensualité et d’érotisme dans le film, ainsi que la marginalisation des personnages féminins, pourtant centraux dans l’épopée originale d’Homère. Les médias comme The Cut, BBC Afrique ou The Guardian s’interrogent sur cette version appauvrie, où les enjeux de pouvoir, de désir et de stratégie, essentiels dans le récit homérique, semblent avoir disparu au profit d’un message antiguerre dominant.

Absence de sensualité

Un des reproches les plus marquants adressés au film concerne l’absence de scènes de sensualité ou d’érotisme, éléments pourtant fondamentaux dans L’Odyssée originale. Dans le poème d’Homère, Ulysse entretient des relations amoureuses ou sexuelles avec plusieurs femmes, comme Calypso, qui le retient prisonnier pendant huit ans, ou Circé, une magicienne qui transforme ses hommes en cochons avant de s’unir à lui. Pourtant, dans l’adaptation de Nolan, ces dynamiques disparaissent presque entièrement. Les critiques, comme Stephanie Zacharek de Time, notent que « c’est à peine si quelqu’un a un début d’érection » dans le film. Cette omission prive le récit de sa dimension charnelle et stratégique, réduisant les interactions entre les personnages à des dialogues ou des actions purement fonctionnelles. Le film perd ainsi une partie de sa complexité et de son humanité.

Femmes reléguées au second plan

Les personnages féminins, pourtant essentiels dans l’épopée homérique, sont systématiquement minimisés ou réduits à des rôles secondaires dans l’adaptation de Nolan. Des figures puissantes comme Athéna, déesse de la sagesse et alliée d’Ulysse, ou Calypso, nymphe qui retient Ulysse captif, voient leur importance diminuée. Par exemple, Athéna, interprétée par Zendaya, est dépeinte comme une accompagnatrice passive, comparée à « une enseignante déçue » par The Guardian. Calypso, jouée par Charlize Theron, est réduite à tenir un bar sur une plage, sans que soit évoqué son rôle d’esclave sexuelle d’Ulysse pendant huit ans. Même Circé, magicienne redoutable, perd sa dimension de séductrice et de stratège pour devenir une simple hôtesse de banquet. Les critiques, comme Catherine Shoard, dénoncent cette « maltraitance » des femmes, qui ne sont plus que des « véhicules pour transmettre un message » plutôt que des actrices de leur propre destin.

Pénélope et le vernis de chasteté

Le personnage de Pénélope, épouse d’Ulysse et symbole de fidélité et de ruse, est également affecté par cette réinterprétation. Dans l’épopée originale, Pénélope repousse les prétendants qui la harcelent et tente de préserver son royaume en attendant le retour d’Ulysse. Dans le film de Nolan, son rôle est réduit à une présence discrète, presque fantomatique. Les retrouvailles avec Ulysse sont dépourvues de passion ou de tension, recouvertes d’un « vernis de chasteté » qui efface toute dimension émotionnelle ou érotique. Cette version appauvrit le personnage, qui perd sa force narrative et symbolique, réduisant son importance à un simple faire-valoir dans l’intrigue. Le film, en insistant sur un message antiguerre, semble avoir oublié que L’Odyssée est aussi une histoire de désir, de pouvoir et de stratégie féminine.

Ce que ça pourrait changer

Le principal reproche des critiques porte sur la réduction de *L’Odyssée* à un simple « message antiguerre », au détriment de sa richesse narrative et de ses thèmes originaux. Nolan, connu pour ses films engagés comme *Dunkirk* ou *Oppenheimer*, semble avoir privilégié une lecture pacifiste du récit, au point de vider le film de son sens profond. Les interactions entre les personnages, les enjeux de pouvoir et les dynamiques de désir sont relégués au second plan. Par exemple, la scène où Ulysse convainc Circé d’annuler son sort en lui disant « les hommes peuvent être des monstres, mais ceux-là ne sont pas trop mal » est une simplification outrancière de l’échange original, où la séduction et la négociation jouaient un rôle central. Le film devient ainsi une allégorie de la guerre, mais perd en route ce qui faisait sa complexité et son humanité.

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